Barbara Philip, première femme « Master of Wine » du Canada

Avec sa chevelure rouge feu et ses yeux d’un bleu profond, Barbara Philip ne répond forcément pas aux clichés standards que l’on peut avoir, parfois, lorsqu’on pense aux grands connaisseurs du vin. Rien à voir avec les hommes bedonnants aux dents noircies par trop de dégustation. Une femme qui aime son travail, en toute simplicité, et qui est devenue la première Canadienne à recevoir le prestigieux titre de Master of Wine.

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

MW ! Deux lettres qui valent leur pesant d’or dans le monde international du vin. MW signifie Master of Wine, c’est la plus haute distinction offerte par le Wine and Spirit Education Trust. Un « superdiplôme » que peu réussissent à obtenir. Et pour cause, obtenir cette qualification demande plusieurs années d’apprentissage acharné et un dévouement presque total à la cause du vin et des vignes. Pas étonnant qu’il n’y en ait que 332 dans le monde. Un chiffre qui ne représente qu’une infime fraction du nombre total de candidats qui tentent leur chance pour obtenir le titre et qui échouent.

photo : toutsurlevin.ca

photo : toutsurlevin.ca

Mais quel est le moment qui a changé sa vie et qui l’a plongée à corps perdu dans le monde du vin ? En fait, il fut graduel puisqu’après avoir travaillé quelques années dans le domaine de la restauration, Barbara Philip et son mari ont commencé à passer leurs vacances à visiter des domaines vinicoles et à collectionner quelques bonnes bouteilles. Lentement mais sûrement, Bacchus a jeté son dévolu sur elle. Elle reçoit alors un appel d’un chef restaurateur qui lui annonce que son sommelier vient de quitter l’établissement. Nous sommes au milieu des années 90 et de son propre aveu, Barbara Philip ne sait pas trop ce que veut dire le titre de sommelier, n’ayant pas suivi de formation professionnelle dans le domaine. Peu importe, le restaurateur l’engage et vient, sans le savoir, de mettre le pied à l’étrier de la future première femme Master of Wine du Canada. Quand on lui demande si elle tire une fierté particulière d’avoir été la première Canadienne a détenir ce titre, elle répond qu’elle est surtout fière d’avoir été la première personne dans l’ouest canadien à le décrocher.

WSET !

Elle étudie alors chaque soir les cours du Wine and Spirit Education Trust (WSET), un institut de certification des professionnels du vin, basé à Londres et qui offre ses cours dans une cinquantaine de pays dans le monde. L’épreuve qui s’est échelonnée sur plusieurs années jusqu’en 2007, année de sa diplomation officielle, fut évidemment complexe et difficile, mais elle y a trouvé plaisir à apprendre. Pourtant, étudier tous les cépages, toutes les régions et appellations dans le monde, rédiger des essais et déguster à l’aveugle une kyrielle de vins relève parfois d’un réel sacerdoce, un total don de soi. « Full disclosure », j’ai personnellement obtenu le diplôme du WSET en 2014, prérequis pour commencer les études de l’Institut des Masters of Wine mais j’hésite plus que jamais à m’embarquer dans l’aventure tellement la marche est haute… « Beaucoup d’appelés, peu d’élus », on connaît la formule.

photo : Decanter

photo : Decanter

Il aura fallu à Barbara Philip, presque six ans pour suivre les cours qui mènent au diplôme du WSET et trois ans de plus pour naviguer dans les eaux parfois troubles du Master of Wine. Les épreuves finales sont particulièrement demandantes.  Chaque matin pendant trois jours, les concurrents ont 2 heures et 15 minutes pour analyser 12 vins différents. Et je peux vous confirmer que le temps passe très vite pour m’être prêté à ce « jeu » lors d’un des volets des examens pour le diplôme du WSET. 10 minutes pour analyser un vin à l’œil (robe, couleur etc), au nez (arômes) et au palais (acidité, corps, bouquets etc) et ensuite tenter de deviner le ou les cépages, le pays, la région et le qualifier en terme de qualité et de potentiel de marché, n’est pas une sinécure.

Le plus difficile pour Barbara Philip fut, la rédaction de sa dissertation finale sur le sujet qu’elle avait choisi. « Le pinot Blanc peut-il devenir la marque de commerce des vignobles de l’Okanagan ». Bien que parfait pour le terroir et le climat de la vallée de la Colombie-Britannique, le pinot blanc, a-t-elle constaté, n’aura probablement jamais pas le potentiel de devenir un raisin « iconique » vu sa relative faible popularité dans le monde (on est loin des « pinot grigio » et autres « chardonnay » chez les cépages blancs).

Standardisation du vin ?

Le vin est-il à ce point en constante évolution sur la scène mondiale, poussant parfois certains producteurs ou régions vinicoles à suivre ce qui est en vogue, abandonnant certains types de vin ou tentant de se confondre dans une certaine homogénéisation ? Celle qui est chargée des achats des vins européens pour le compte du BC Liquor Board, l’équivalent britanno-colombien de la SAQ, ne pense pas que ce soit souvent le cas pour les grands vins typiques. Par contre, elle reconnaît qu’elle ne peut probablement pas en dire autant pour certains produits abordables qui se ressemblent bien souvent. Difficile parfois de différencier des vins de l’Okanagan, du Chili ou de la Californie. Mais, lors des examens, dit-elle, vous êtes supposé pouvoir le faire en fonction de la qualité et de la commercialisation du produit.

photo : FA

Lors dune chronique au micro de Stephen Quinn, sur CBC Radio à Vancouver Photo : toutsurlevin.ca

Quand on demande à Barbara Philip ce qu’elle préfère dans ses multiples tâches, elle répond que c’est la diversité de son métier. Que ce soit les voyages de dégustation pour les vins européens parmi lesquels elle doit choisir ce qui convient le mieux pour le monopole de la Colombie-Britannique en tant qu’acheteuse principale ou encore lors de ses cours qu’elle donne aux étudiants au diplôme du WSET (full disclosure, elle fût une de mes profs), la polyvalence de ses activités incluant être juge lors des compétitions vinicoles telles que celles organisée par le magazine britannique Decanter, l’enchante.

Qu’est-ce qu’un bon vin ?

Du point de vue de la consommatrice qu’elle est, Barbara Philip désigne un très bon vin comme celui qui est parfait pour le moment, l’endroit où on le boit et qu’il soit approprié avec ce que l’on mange en bonne compagnie. Un exemple concret ? Un Cheval Blanc 1998 (le St-Émilion Grand cru Classé), un vin à point cette année,  avec par exemple un plat tout simple  à base de porc. Ou encore un bon pinot blanc de l’Okanagan sur une terrasse la longue fin de semaine de la fête du travail en septembre avec une salade aux fruits de mer, en compagnie d’amis, c’est absolument le vin parfait pour ce moment.

En rafale

Son meilleur vin dégusté ? Difficile à dire, selon elle. Probablement un vin tout simple qu’elle a bu avec son mari, Ian Philip, qui forme avec elle la compagnie Barbarian qui regroupe leurs activités communes de voyage, de cours et autres contrats dans le domaine du vin. Quelque chose d’inattendu, sans étiquette racoleuse ni prix exorbitant.

Son vin d’île déserte ? S’il y a un frigo, ce serait un mousseux. Sinon, un bon chianti classico.

Plaisir coupable indigne d’une Master of Wine ? Barb Philip adore les rafraîchissements sucrés et acides tels qu’à base de salsepareille (même type de boisson « plaisir coupable » que François Chartier d’ailleurs) ou encore une Vodka Ice de Smirnoff.

Pour en apprendre davantage entre autres choses sur les examens du Master of Wine et sur ce qu’elle pense du système des primeurs de Bordeaux, écoutez l’entrevue audio ici :

 

2 comments

  • Dominique Brunelle

    Je partage tout comme vous Fred l’amour du vin. Bien agréable de vous lire..simple, imagé, bien loin des textes pompeux qui parfois rebutent. J’apprends et vous suscitez mon intérét à élargir mes connaissances. Bravo à Barbara.
    Dominique une folle du vin !