Boire du vin dans un tout inclus…

Alors que la rigueur hivernale nous fait remonter les épaules et secouer notre corps de frissons spasmodiques, certains d’entre vous vont choisir de quitter pour des températures tropicales. Mais une fois rendus là-bas, que faire si l’envie de boire du (bon) vin vous taraude ? Expérience sociologique… 

Être spectateur de la foule dans un buffet tout inclus relève de la plus pure observation sociologique et c’est, disons-le, plutôt fascinant. Entre le côté brut d’Igor et de Paulina qui passent devant tout le monde, le côté « ils feront pas d’argent avec moi, je mange tout » de Micheline et Marcel, lui-même d’ailleurs vêtu d’un « marcel (camisole ou singlet) parsemé de tâches douteuses et le côté « pratique » de Sylvain et « Mike » qui en profitent pour remplir leur méga tasse thermos de bière ou de pina colada (prononcez coladôô) afin de remplir leur bedaine, sans efforts de réapprovisionnement aux abords de la piscine, la faune de buffet vaut toujours le détour.

Mais je m’épivarde…Parlons plutôt vin ! Aller dans une région où une température de 29 degrés constitue habituellement un prérequis quotidien n’est probablement pas le meilleur endroit pour siroter du vin. La chaleur, l’humidité et le soleil aveuglant ne sont pas des éléments très propices pour la conservation du vin. D’où la forte propension des férus de soleil de se « réfugier » dans la bière et les cocktails. Après tout, qui voudrait boire un gros « cab » californien sous les cocotiers ?

C’est donc lors de mon récent séjour sous les bananiers que j’ai pris un malin plaisir à « déguster » le vin maison et la carte des vins proposés dans les restos cubains de mon « resort ». Pour avoir séjourné dans d’autres pays du sud du continent, il est évident que j’ai pu constater la difficulté d’approvisionnement du pays de feu Fidel Castro en matière de vin.

D’abord le vin « maison » était un espagnol disons « intéressant ». Le Senioro de Mareste, un vin fabriqué quelque part dans la région de Castille de la Mancha, au sud de Madrid. Un vin à l’acidité déficiente et aux nez de porto et de vin cuit. Merci, mais même très rafraîchi, très peu pour moi. Son homologue en blanc n’était guère mieux, très dilué et d’un fruité fatigué.

Le mousseux « maison » était un « cava » aux bulles légères mais au sucre résiduel en peu envahissant. Le plus buvable des trois cependant. Parcourant la carte des vins disponibles pour achat, force est de constater que la diversité y est bien présente. Portugal, Afrique du Sud, Argentine, Chili, France, Italie etc, bref, un bon échantillonnage et des vins disons plutôt plaisants.

De l’importance du millésime

Je me suis donc risqué à en essayer quelques-uns. Premier candidat, un rouge portugais très populaire au Québec, le Vila Regia du Douro, disponible au Québec pour 10,20 $. Ce que je ne savais pas, c’est que le millésime le plus récent disponible était le 2012 ! Pas un grand vin de conservation donc. Malgré tout, il tenait encore la route, ce qui est plutôt surprenant vu les moyens cubains de conservation plutôt « spartiates ». Vendu au prix de 18 dollars canadiens au resto. Pas si mal pour un vin de 4 ans.

Passons au Chili avec un autre vin qui a du succès même ici, le cabernet sauvignon Estate Reserva d’Errazuriz. Surprise, le millésime disponible était le…2010 ! Bon, ne reculons devant rien (es-tu fou, me chuchota mon foie), je pris le risque d’y aller d’une facture de 26 dollars pour un vin vendu chez nous à environ 15 $. Diantre, j’eus l’impression de « déboucher » une canette de soupe Campbell’s ! Arômes de tomate et de…tomate ! Étrange, comme si le côté typique chilien du cabernet sauvignon (végétal et feuille de tomate) avait eu le temps de fournir un plant complet de tomates juteuses et les mettre en boîte ! En bouche, le côté cuit et « ketchupé » est évident avec quand même un restant de tanin pour tenir le tout ensemble. Grosse déception…

Et si on essayait un blanc avec la langouste ? Le serveur n’hésita pas à me vanter un « grand vin » pour l’accompagner. Je vous le donne en mille, un assemblage de colombard et de sauvignon blanc de JP Chenet… Soupirs… Je me suis donc rabattu sur le mousseux Freixenet, Cordo negro, avec l’angoisse qu’il s’agisse  d’une bouteille qui devait jouer aux cartes avec les cucarachas et lézards du coin depuis des lustres. Finalement, ce n’était pas si mal. Fiou… Et je passe les détails sur les Mateus, Cadet d’Oc de Rothschild et autres bas de gamme vieillots. Tout ceci pour dire qu’on ne va pas dans le sud pour faire la fine bouche en matière de vin. Après tout, il fait bien trop chaud.

Apportez votre vin !

Mais, saviez-vous que vous pouvez apporter votre vin dans le sud ? C’est légal et franchement, cela vous économisera bien du trouble et une facture parfois indûment salée pour des produits vendus sur place à des prix souvent décevants vu la qualité proposée. Personnellement, j’aime bien apporter quelques flacons pour les consommer aux restaurants des « resorts ». D’abord parce que je sais à quoi m’attendre, en termes de qualité et de conservation et puis de plus, pas de surprise. Dans le cas de Cuba, il est permis d’apporter jusqu’à 3 bouteilles par personne de plus de 18 ans. Au Mexique, c’est 3 litres de boissons alcoolisées.

Évitez les gros et lourds vins rouges qui auront de la difficulté à s’harmoniser avec les cuisines locales souvent rudimentaires, sans oublier le défi de la température de service. Imaginez le vin à température de la pièce. Privilégiez les blancs, les rouges légers et pourquoi pas un mousseux ou deux. En plus, en amenant quelques bouteilles dans votre valise, une fois consommées, vous obtiendrez ainsi de l’espace pour ramener vos souvenirs qui prendront les poussières bientôt chez vous et toute autre bouteille de rhum que vous n’êtes pas prêt d’ouvrir. Parce qu’après tout, le rhum, c’est pas mal juste bon quand on est dans le sud. 😉

Alors qu’amenez dans le sud la prochaine fois ? Oubliez le Pétrus 1961 ou le Château Palmer 1947, ils voyageront plutôt mal. Ces deux listes de vins bon marché et toujours rassasiants constituent un bon départ ici et ici. Pour les blancs, en voici 12 ici.

Bon voyage !

Les belles indémodables de Cuba

 

 

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