C’est pour ça qu’il boit du vin…

Il est imposant avec sa barbe poivre et sel, sa voix caverneuse et son air un peu « ours mal léché ». Mais dès qu’on lui adresse la parole dans sa succursale, il se fait tout de suite gentil comme un agneau. Détrompez-vous, il vous enveloppe de sa connaissance du vin, et vous allez finir à sa merci. Car sous ses oripeaux de gros nounours se cache un fin limier qui connaît son affaire et qui vous donnera les meilleurs conseils vinicoles selon vos envies et vos préférences. Il s’appelle Michel Beauchamp et il a plus d’un tour dans son sac…même des t-shirts…oups des gaminets…sans soufre en plus.

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsulevin.ca)

Ne lui demandez pas de faire risette pour l’objectif, il déteste ça. Pourtant, il se prête au jeu de sa blonde sur Instagram dans des poses tellement décalées qu’on a envie de devenir son ami pour prendre un bonne bouteille ensemble. Alors qu’il étudiait pendant son bacc en histoire de l’art, il a commencé à travailler dans une succursale de la SAQ à temps partiel. Son père qui s’était constitué une petite cave à vins (sans prétention) l’a initié au vin, et petit à petit, il s’est prêté au jeu de la découverte. 27 ans plus tard, il est toujours sur le plancher de la SAQ. Bref, un véritable amour de la dive bouteille et du plaisir de conseiller la clientèle

Figure emblématique de la SAQ

Ce n’est pas un hasard si les vignerons font toujours un détour vers la succursale de la rue Beaubien à Montréal, là où il travaille. Et quand il conseille un vin, il sait ce que c’est, un bon vin. « Sur le plan technique, c’est un vin équilibré. C’est comme une chanson en italien, même si on ne parle pas la langue ou une toile, on se dit oh mon Dieu il se passe quelque chose. C’est comme dans la bouffe, on est dans la sensation, c’est mystérieux. » Ce qui le fascine toujours, ce sont les accords que demandent les clients. « On est encore loin du « moi je prends ça parce que j’aime ça », on est plus dans le « moi j’aime boire ça parce que cela me fait plaisir avec tel plat. »

La SAQ ?

« Je ne vais certainement pas mordre la main qui me nourrit, mais je trouve qu’avec les défauts et les qualités qu’elle a, on a une super belle entreprise, je trouve qu’on a un choix « épouvantable » dans le bon sens du terme. Je le vois quand des producteurs viennent nous visiter. On est encore dans un monde où trouver un vin espagnol à Bordeaux , c’est compliqué. Encore une fois, je dis pas que c’est parfait..mais je suis pas mal fier du produit qu’on a. » Il reste un ardent défenseur de son boulot qu’il adore. « J’ai encore de belles années devant moi à la SAQ. »

Des gaminets ?

C’est après une soirée bien arrosée que lui et sa copine Édith Lapierre, qui travaille aux destinées d’une succursale SAQ (un vrai « power couple » du vin), qu’est née l’idée de lancer une ligne de chandails (gaminets) avec des jeux de mots autour du vin. « Gamay some, T’as des Beaujo ?, Reims toi au Champagne, Sylvaner Stallone », j’en passe et des meilleurs… Lui qui adore les t-shirts à « messages », on peut dire que son affaire a vite démarré. Pensant que lui et sa chérie allaient en vendre quelques-uns à leurs amis, ils sont maintenant rendus à des centaines de chandails vendus un peu partout. Pris de court, il n’en demeure pas moins que les affaires tournent rondement…pour le plaisir. Pour commander, on clique ici.

Influenceurs des réseaux sociaux

Pour ceux qui le suivent sur les réseaux sociaux (Facebook et instagram), #leplanduweek-end » et #cestpourçaquejeboisduvin peuplent probablement votre chronologie (timeline).  « C’est ce qui me fait vibrer vraiment, c’est moi, mes goûts à moi. Des vins à 18$ mais aussi des trucs à 75$, bon, c’est pas pour tout le monde à 75$, même pas pour moi, j’ai déjà la chance d’y goûter, ça veut pas dire que je l’achète (rires). » Mais quand il pointe un vin qui vaut vraiment la peine, il va le « tagger » avec #achetezàlacaisse.

Questions en rafale

Premier souvenir du vin ?

« Une boîte en carton de la Baie offerte par ma grand-mère à mon père, avec à l’intérieur une bouteille de rouge et de blanc du « Cellier des Dauphins ».

Première émotion du vin ?

« À l’époque, je travaillais dans une succursale de Notre Dame de Grâce, et le directeur Bernard McGregor m’avait traîné dans une dégustation de Château Palmer, ça coûtait une fortune, j’ai jamais vu de facture. Je pense qu’il y avait 10-12 millésimes de Château Palmer. J’étais très intimidé par le groupe mais en goûtant tout cela j’ai compris qu’on pouvait aller ailleurs. Ça m’a un peu déstabilisé. »

Une bouteille à 3 500$ ou 100 bouteilles à 35$ ?

« Sans hésitation, 100 bouteilles à 35 $ ! Cela étant dit, je n’ai jamais goûté de Pétrus, juste des Lafleur-Pétrus », peut-être que je répondrais différemment à ce moment-là mais on est dans le commerce, avec des vins comme cela, on est dans l’offre et la demande. Je pense qu’à un moment cela devient presque indécent, moi je suis vraiment pas à l’aise avec ces prix-là. Ce genre de vin, j’en vends peu. Y’a des gens qui veulent qui veulent acheter, moi je suis prêt à vendre, y’a pas de soucis. Un jour, Véronique Rivest avait parlé de ce sujet-là,  et quand on arrive à une barre fictive de 80, 100, 125 $, je pense encore une fois qu’on arrive dans l’offre et la demande ou le financement d’un chai qui est construit par un designer ou un architecte ultra connu. »

Le vin pour l’île déserte

« Je ne peux pas vivre sans gamay ! Des bons crus de Beaujolais. On revient toujours aux Descombes, Foillard… Ce sont des mecs qui me font vraiment vibrer. »

Le même vin jusqu’à la fin de la vie ?

« Gamay, gamay, gamay toujours…C’est sûr que nos goûts changent, je bois pas ce que je buvais il y a 10 ou 20 ans. Mais tous les vins du climat du Nord, Beaujolais, Piémont, Bourgogne, ce sont des vins qui me branchent. »

Le dernier vin avant la chaise électrique ?

« Probablement un vieux millésime du Château Trévallon, qui est encore à ce jour un de mes vins fétiches. Assez raisonnable, non ? »

Le souper idéal ?

« Avec Barack Obama, Alexandre Taillefer, le comédien Fabien Cloutier, David McMillan le restaurateur que je laisserai cuisiner.  On mangerait de la viande, assez riche, assez gras…Et on boirait des vins de la Grande Bourgogne, vraiment, sans hésitation. »

Marie-Hélène Boisvert, une fan des gaminets sans soufre

Et le vin orange ?

Convainquez-moi que le vin orange n’est pas un vin qui a mal tourné et qui est juste « tendance » ! Sa réponse : « Je dirais qu’il y en a du bon et du mauvais, des vins nature y’en a du bon et y’en a du mauvais, des vins industriels y’en a du bon et y’en a du mauvais. Faut goûter pour voir. »

Pour écouter l’entrevue réalisée dans un petit resto vietnamien près de Beaubien, à Montréal, c’est ici. Et c’est du bon temps, bien dépensé… À la bonne vôtre !

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