Curieux des vins du Québec ?

Séjournant au Québec pour quelques semaines, j’en profite pour déguster avec curiosité quelques-uns des vins produits dans cette province pourtant si peu propice à la culture vinicole. Je vous vois déjà hausser les yeux vers le ciel, exprimant un sentiment profond d’incompréhension et d’inquiétude. Allez, enlevons-nous les œillères et allons-y, clopin-clopant…

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Ils ont pour nom seyval, frontenac, sabrevois, Montreal blue, vandal-cliche… Ce sont les cépages qui sont cultivés au Québec pour faire du vin de table. Des cépages bien souvent hybrides, résultats de croisement de plusieurs types de vignes qui sont plutôt résistantes au climat glacial du Québec. Ils n’ont pas grand-chose en commun avec les cépages les plus connus et répandus tels que le pinot noir, le merlot ou encore le riesling.

saqMais qu’importe, il y a un intérêt croissant pour les vins québécois, conséquence d’une mise en valeur récente de la part de la SAQ sur ses tablettes. Le logo « Origine Québec » gagne d’ailleurs du terrain, petit à petit, dans les succursales du monopole, faisant bondir les ventes de 80 pour cent par rapport à l’année passée. Les vins québécois restent quand même très marginaux dans des ventes puisqu’ils ne représentent qu’un maigre pour cent du total. Mais les espoirs sont grands pour les producteurs de la belle province.

Future Californie ?

Le réchauffement climatique est en marche. Peut-être, mais ne vous attendez pas de sitôt à boire un cabernet sauvignon québécois car ce cépage demande soleil et chaleur afin de mûrir convenablement. Même la chaude vallée désertique de l’Okanagan peine à en produire en monocépage, car ils n’ont pas le temps de mûrir suffisamment à mon goût. Mais, quelques producteurs audacieux ont quand même planté par exemple du pinot noir et du chardonnay.

Voici donc quelques exemples de nectars québécois dégustés cette semaine. N’y voyez là aucun favoritisme. Après tout, il y a quand même plus de 120 vignobles au Québec, dont moins de la moitié sont en fait vendus à la SAQ. Cette courte sélection est en fait le reflet du choix à ma disponibilité.


orpailleur-rouge1-500x664L’Orpailleur

Commençons par le géant du vin québécois qui a planté ses premières vignes en 1982 à Dunham et qui « remplissait » en 2011 plus de 150 mille bouteilles. Vinifiant des mousseux, des blancs et des rouges, l’équipe de Charles-Henri de Coussergues fait figure de pionnière. Son vin rouge est à base du cépage frontenac, un raisin originaire du Minnesota et qui dégage des arômes de cerises et de sureau. C’est un vin sec, relativement peu alcoolisé (un peu plus de 12%), ce qui est plutôt la norme pour les vins élevés dans un climat plutôt peu hospitalier pour la vigne. Moins de soleil, moins de chaleur, les raisins n’ont donc pas beaucoup le temps de se gorger de sucre, qui, une fois fermenté, se transformera en alcool. Ici, nous avons un vin rempli de fruits rouges, plutôt rond en bouche et à la finale brève. À servir légèrement rafraîchi. (15,85$)

williamWilliam Blanc

Quand je l’ai vu sur les tablettes au-dessous du logo Origine Québec, je pensais qu’il s’agissait d’une erreur, tellement l’étiquette me laissait croire que c’était un vin de Nouvelle-Zélande. D’abord le nom, William, puis l’étiquette résolument Nouveau Monde et enfin la capsule Stelvin. Et pourtant, c’est bel et bien un vin des Basses-Laurentides qui fait partie du Domaine Rivière du Chêne. Au nez, il fait un peu penser à ces sauvignons blancs néozélandais de Marlborough. D’ailleurs, le vignoble compare sa saison et sa situation à celle de cette région si lointaine. Si vous cherchez un vin vif, à l’acidité vigoureuse avec des notes citronnées, de pommes vertes et de groseilles vertes à peine mûres, cet assemblage de vandal cliche, de vidal et de frontenac blanc est pour vous. Avec des sushis (un petit côté salin peut-être) ou sur la terrasse, servi bien frais, vous passerez un bon petit moment, furtif en bouche certes, mais agréable. (15,85$)

ventsLes Vents d’Ange

Ce vignoble de St-Joseph du Lac a opté pour le jeu de mots afin de baptiser ses produits. La cuvée Alexandra 2012 est un rouge à base de Montreal blue (70%) et de ste-croix (30%). J’ai bu ce vin fruité aux arômes de cerises et de groseilles en accompagnant un bon spaghetti sauce bolognaise (tel que recommandé sur l’étiquette). On est loin d’un sangiovese italien, tellement les rouges québécois sont surprenants et qu’ils ne répondent pas à nos goûts « conventionnels ». Mais passé la première gorgée qui peut déconcerter, le mariage vin et pâtes se fait malgré tout. (15,10$).

Réserve de St-Jacques

stjacquesSortons un peu du budget que l’on consacre en général à des vins du terroir québécois… On ne se contera pas d’histoire ici, rares sont ceux qui débourseront plus de 20 dollars pour un vin blanc produit en sol québécois. Déjà que le prix moyen du vin acheté au Canada est bien en deçà de ce seuil (15$), beaucoup préféreront dépenser leurs 20 dollars et plus sur des valeurs qualifiées de sûres et de classiques comme un Chablis ou un Sancerre. Enlevons les œillères, disais-je en préambule… Cet assemblage de seyval et de vidal est plutôt surprenant. Et pour cause, vieilli en fûts pendant 6 mois, ce vin passe aussi par la phase du bâtonnage, étape où l’on va remuer les lies pour lui donner davantage de corps et de texture. Il en résulte un vin intéressant aux arômes de citrons et de fleurs. En bouche, ce vin est plutôt gras avec une finale « grillée » bien soutenue. Une complexité surprenante oui, mais plus qu’intéressante. (24$)

champs-de-florence1Quelques vins à découvrir

En vrac, d’autres exemples à déguster si vous passez par leurs vignobles (car une bonne partie de ces vins sont surtout vendus au domaine). Essayez donc le rosé du Domaine du Ridge (Champs de Florence). Frais, vif en fruité à souhait, ce petit rosé à la robe couleur framboise que j’ai goûté sur place, sera le compagnon idéal sur la terrasse. (15,90$).

Le Domaine Les Pervenches à Farnham qui met sur le marché 15 000 bouteilles est à déguster au domaine ou en restaurants. Le couple de vignerons a fait le pari de produire un 100% chardonnay. Le résultat est plutôt charmeur et se laisse facilement boire. Ne fuyez pas à cause du prix, osez votre 25$.

bromeEnfin, la cuvée Julien du Domaine Les Brôme, à base de marechal foch, est un vin rouge que j’aime boire de temps à autres parce que ce cépage offre une palette d’arômes un peu « sauvages ». Du fruit noir, des épices, un soupçon de notes végétales confèrent à ce vin une certaine typicité des régions à climat plutôt froid. Une belle matière en bouche. (16,70$) Sur ce, à la bonne vôtre ! Et osez sortir des sentiers battus, sans les œillères…