Des Québécois à l’assaut des vignes de l’Ontario

Ils sont douze à avoir fait le pari de faire du vin en Ontario dans la grande région de Niagara. Douze Québécois parmi lesquels Champlain Charest, ancien médecin radiologiste devenu restaurateur œnologue (une légende du monde du vin au Québec) mais aussi Gilles Bussières et Gilles Chevalier, les deux cofondateurs du domaine Queylus. Spécialisés dans l’élaboration de pinot noir dans le style bourguignon, ils comptent depuis 2010 sur la “patte” du gentil géant, Thomas Bachelder.

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca

Vignes de Queylus à Beamsville

Aujourd’hui, Queylus, c’est 16 hectares, répartis sur trois vignobles dans trois appellations locales entre Beamsville et St.Anns. Signe particulier : on mise beaucoup sur le pinot noir, ce pourtant fragile et capricieux cépage. Pour comprendre l’ascension de ce domaine, il faut remonter jusqu’en 2006, lorsque qu’une bande de joyeux copains du Québec découvrent le potentiel vinicole de la région de Niagara. Pas de vignobles à vendre qui les intéressent ? Qu’à cela ne tienne, ils commenceront par un verger dans lequel ils plantent la vigne. Et comme ils ne pas les choses à moitié, ils enverront des extraits de leur sol pour analyse en France pour prendre la pleine mesure du potentiel de leur achat. Après quelques essais, échecs et surprises, ils produisent finalement leur première progéniture vinicole et récoltent les premières critiques positives. Bref, depuis 2014, selon eux le meilleur est à venir.

Un Seigneur de Montréal

Mais d’où vient le nom Queylus ? Gilles Chevalier ne voulait pas d’un nom qui aurait fait “fausse Bourgogne” mais préférait plutôt un nom avec une histoire liée avec la région. Ainsi ils jetèrent leur dévolu sur Gabriel Thubières de Levy de Queylus, un seigneur de Montréal et supérieur des Sulpiciens en Nouvelle France en 1670. Ce sont d’ailleurs sous ses auspices que les premières vinifications sur les rives du Lac Ontario ont vu le jour. Les Montréalais familiers avec le nord de Villeray où l’on retrouve d’ailleurs l’avenue Queylus dans le quartier St-Sulpice.

Thomas Bachelder, régisseur de Queylus

L’omniprésent Bachelder

Bourgogne, Oregon et Niagara, Thomas Bachelder est partout. Celui qui a œuvré au sein du Clos Jordanne en Ontario est avant tout né au Québec, fils d’un mécanicien et d’une secrétaire d’église. Bref, dire qu’il n’était pas prédestiné à la culture de la vigne n’est pas peu dire. Pas étonnant qu’il décida de rattraper le temps perdu en se lançant dans cette entreprise sur deux continents, mais un jour à la fois. Pour lui, le Clos Jordanne, c’était la bougie d’allumage pour montrer à des vignerons bourguignons que dans le Niagara on était capable de faire du bon vin et pas juste à 15$. Depuis 7 ans, il préside donc aux destinées de Queylus en produisant un élégant pinot noir aux accents de Bourgogne mais avec ce petit côté Nouveau Monde.

Gilles Chevalier, cofondateur de Queylus

Du “Bourgogne” accessible

Chevalier et Bachelder n’en démordent pas, Queylus est promis à un bel avenir. “Si tu ne bois pas de Bourgogne, un peu de Bourgogne viendra à toi…du Niagara, disent-ils. Le Canada se manifeste de plus en plus pour dire qu’on existe” (pour ce petit côté de terroir qu’on pourrait appeler “somewhere-ness”) Après tout, les “millenials” n’ont pas les reins assez forts pour se payer du Bourgogne, alors bon autant boire localement ce qui s’en rapproche le plus. Les 12 joyeux drilles de Queylus semblent en tout cas bien partis pour gravir les échelons de la renommée et surtout faire vibrer le drapeau (qu’il soit québécois, ontarien ou canadien) sur la scène vinicole internationale.

On déguste ?

Pinot noir Tradition 2013

Pour Queylus, il est très important que le vin d’entrée de gamme soit bon, car tous les vins sont faits de la même façon. Et surtout, ça pourrait donner l’envie au consommateur de découvrir les gammes supérieures pour quelques dizaines de dollars supplémentaires. Ce “tradition” a un joli nez de cerise. Un “vin de table parfumé avec beaucoup de calcaire” dit-on chez Queylus. Bonne acidité, belle longueur, plus “comfy” que certains bourgognes génériques. Plus rond, charmeur, avec une touche de bois Nouveau Monde. Le 2014 devrait bien évoluer dans quelques années. (31$)

serve et Grande Réserve 2012

À 47,25$, on monte d’un sérieux cran avec ce pinot noir d’une grande finesse, à la finale longue et soyeuse avec un bon potentiel de garde. Bon vin.

Quant à la Grande Réserve (62,50$), c’est probablement un vin qui pourrait tenir la dragée haute à certains crus bourguignons. Gilles Chevalier n’est d’ailleurs pas peu fier de clamer à qui veut l’entendre que certains Américains de New York l’ont pris pour du Volnay. À la bonne vôtre !