Dis-moi qui tu es, je te dirai quoi boire…

Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es, comme le dit l’adage. Mais qu’en est-il de ce que nous buvons ? Celle qui est sur tous les fronts de la sommellerie et de la dégustation depuis deux ans à Montréal vient de sortir un livre plutôt original sur la question. Vingt personnalités se sont prêtées au jeu de Michelle Bouffard. Et le résultat est bien réussi. Portrait de l’intervieweuse…interviewée…

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Elle est partie de Sainte-Foy en 1996 vers Vancouver après avoir terminé son bac en musique classique…en trompette. Oui, la trompette…même si elle rêvait d’être pianiste. De fil en aiguille, de cours privés et de grands prix remportés dans l’exercice de son art, Michelle Bouffard bifurqua ensuite vers autre chose car, pratiquant son instrument 10 heures par jour, ce qui devait arriver arriva. De la trompette, elle se lassa. Et le destin la dirigea vers le vin. Un changement de cap vers la sommellerie et son diplôme de WSET en poche, et elle tomba alors dans ce qui l’anime maintenant depuis une vingtaine d’années, le vin…

Revenue il y a deux ans de Vancouver où elle passé les deux dernières décennies, Michelle Bouffard, originaire de Charny, en “brasse” pas mal à Montréal.  Depuis 2 ans, elle enseigne, écrit, déguste, assiste le curieux Bégin sur Télé-Québec, voyage aux quatre coins de la planète vinicole (50% de son temps, elle le passe sur le terrain et dans les avions) et siège sur des jurys internationaux du vin. Ah j’oubliais, elle vient de s’inscrire pour devenir un jour peut-être Master of Wine (il y en a moins de 400 à travers le monde). Bref, pigiste dans l’âme qui n’arrête jamais, elle carbure à l’émotion, à la rencontre et à l’intensité. Quand je réécoute l’entrevue réalisée avec elle pour cet article (à écouter ici en podcast), le mot qui revient le plus souvent, c’est le mot pleurer. Car oui, Michelle Bouffard est un concentré d’émotions.

Confidences et émotions 

Ceux qui la côtoient, et c’est mon cas lors de dégustations de vin à Montréal, ressentent cette exaltation incarnée. Comme une urgence de vivre et ce besoin d’avoir du plaisir dans tout ce qu’elle fait. Et du plaisir, elle en a eu à concocter ce livre “Dis-moi qui tu es, je te dirai quoi boire” et cela paraît. 

 

 

 

“Pour moi, le vin sans l’humain est dépourvu de son sens. Tout ce qui est intéressant dans le vin, c’est ce qui en découle. Une bouteille entre 2 personnes, tout change, c’est un moment intime.” Michelle Bouffard

Vingt personnalités se livrent donc, parfois comme elles ne l’ont jamais fait auparavant dans ce premier livre. Pourquoi des artistes ? Parce qu’elle a étudié en arts, le choix s’est donc imposé. “Ce sont des gens qui dessinent la culture au Québec. Quand on les voit, ils viennent présenter quelque chose, un projet, faire de la promo. Ici, c’est une entrevue dans laquelle on ne parle pas de vin.” Sauf que lors de chaque entrevue, elle fait déguster un vin qu’elle a choisi après de nombreuses heures de recherche sur ses interviewé(e)s. Elle propose donc trois types de vins pour chaque personne avec un lien est différent pour chaque. Accompagnée de son photographe pendant six mois, elle a donc recueilli des témoignages dans lesquels beaucoup se sont livrés comme jamais.

« Je compare souvent une ballerine au chenin blanc, parce que c’est droit. Avec Geneviève Guérard, j’ai fait le lien. Ou bien dans le cas d’Alexandre Taillefer qui pour moi est à la fois un homme qui est fort, mais hyper sensible, là j’ai pensé au barolo qui pour moi a des tanins et de la puissance. Mais en même temps il découle aussi beaucoup d’émotions d’un vin aussi puissant.” Son choix d’entrevue, elle l’a fait en fonction des gens qu’elle admire et qu’elle apprécie parce que dit-elle, boire du grand vin en mauvaise compagnie n’est jamais agréable. “J’ai eu des surprises extraordinaires comme avec Marc Séguin. Ou avec Anne Dorval qui m’a demandé de boire un autre verre de plus à la fin. Puis, on a parlé pendant 6 heures de temps! “

Que devraient boire nos vedettes ?

Un Sancerre blanc frais et minéral pour Anne Dorval, un vin bio de la Nouvelle-Zélande pour Steven Guilbeault, du thé pour Kim Thuy (pas d’alcool pour l’auteure), un pinot noir de la Patagonie pour Magalie Lépine-Blondeau, voilà ce que recommande Michelle Bouffard à ses invités dans ce livre. Mais le vin est évidemment le chouette prétexte pour découvrir des pans parfois méconnus de l’histoire de ces personnalités. Et certains se laissent aller à bien des confidences. Quelques frissons en lisant l’entrevue de France Beaudoin, l’anecdote troublante de Monique Giroux sur des cassettes… Ou des sourires en coin en apprenant l’intérêt non feint de Christian Bégin pour…Gino Vanelli ou encore les goûts musicaux “lamentables” de Patrick Lagacé“J’espère que ceux qui vont lire le livre vont pouvoir découvrir un peu plus la culture de chez nous et l’envie de découvrir les vins aussi.” ajoute la sommelière.

Un bémol ? En lisant ce livre, on trouve presque dommage que ces entrevues n’aient pas été filmées pour diffusion. Mais, mon petit doigt me dit que cela pourrait ou devrait arriver un jour. (Allo Télé-Québec ?) Un tome 2 du livre ? Probablement, et ce ne serait probablement pas limité juste au territoire québécois pour le bassin des entrevues potentielles. (29,95$ aux éditions Cardinal)

Questions en rafale

Premiers déclics du vin ? : “C’est cliché mais c’était dans la Bourgogne. Un  Corton-Charlemagne de Faiveley et La Romanée-Conti. J’ai eu la chance d’être invitée au domaine, seule au début de ma carrière. On m’a servi un verre à deux mètres, j’ai senti les arômes et je me suis mise à pleurer.”

Condamnée à boire le même vin tous les jours ?Champagne ! Les blancs de blancs extra bruts. C’est l’amour de ma vie”

Le vin d’île déserte ? “Champagne ! Tu peux le boire avec des chips, du caviar, du sushis. Ça me met toujours le sourire aux lèvres. C’est ce qui me fait le plus plaisir au monde

Dernier vin avant la chaise électrique ? “La Romanée-Conti, ça a été mon premier amour et ce sera le dernier!

 

 

La personne tout domaine confondu qu’elle aurait voulu avoir en entrevue ? “Si Léonard Cohen était encore en vie, ça aurait été lui. Quand on dit le plus grand, pour moi c’est lui.” Un rendez-vous manqué.”

Ce qui n’est pas dans le livre…

Qu’est-ce qu’on boirait avec…

Justin Trudeau ? “Parce que c’est politique, ce serait des choix très politiques. On boirait des vins canadiens, le meilleur de chaque province, de l’Est à l’Ouest. Et si on sort de la rectitude politique ?  Je choisirais un cépage qui est facile d’approche, facile à aimer un peu à son image et à sa personnalité. Tout le monde l’aime et il a l’air chaleureux et authentique. Un chardonnay ? Un chardonnay non boisé, un vin qui ne créera pas de controverse, un albarino par exemple, un vin qui plaît en général à tout le monde.”

Donald Trump ? “Lui, il ne mérite aucune gorgée de vin. Il en fait pourtant ? Non merci, je refuse.”

Mick Jagger ? : J’aimerais faire une entrevue avec lui. Son français est impeccable. Je choisirais quelque chose qui est chaleureux et sophistiqué à la fois. Un vin d’Adelaide Hills en Australie. »

Céline Dion ? “Qu’on l’aime ou pas, c’est une grande interprète. Je l’aime quand elle chose du Jean-Jacques Goldman ou qu’elle improvise sur une scène, du jazz pare exemple. Il faut choisir un grand vin, l’excellence ce n’est jamais un accident. Céline est plus universelle, donc un Bordeaux de la rive droite ? Oui, un Pomerol ou un St-Émilion.” À la bonne vôtre !

Si vous voulez en découvrir davantage sur la chouette carrière de Michelle Bouffard, sur une bouleversante dégustation de grands crus de 1982 et sur d’autres anecdotes du livre, écoutez l’entrevue en podcast. ! Voici le lien.

 

 

 

 

 

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