Du Beaujolais, oui ! Nouveau ? Pas vraiment !

Troisième jeudi du mois de novembre, c’est la tradition, le beaujolais nouveau fait son apparition sur les tablettes de marchands de vin. Considéré comme un tord-boyaux par certains et comme un formidable concept de marketing pour d’autres, le beaujolais nouveau est surtout la porte d’entrée vers un autre monde, celui des crus du beaujolais. Mais, le consommateur va-t-il s’y hasarder ?

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. Le beaujolais nouveau, avec ses étiquettes bariolées et affriolantes, c’est une autre occasion de fêter, et entre nous, avec les tragiques événements de ces derniers jours, boire du beaujolais nouveau sur une terrasse parisienne avec quelques cochonnailles est devenu presque un acte militant bénéfique. Mais disons qu’au-delà de l’occasion, le produit qu’on nous offre en vaut rarement la peine.

En fait, pour les vignerons du Beaujolais cela permet de faire de l’argent quelques semaines seulement après avoir vendangé, ce qui constitue un avantage non négligeable. Imaginez pour d’autres régions comme celle de Bordeaux ou de Rioja en Espagne, le vin une fois produit, doit séjourner en barriques de chêne pendant plusieurs mois, parfois même jusqu’à deux ans avant d’être commercialisé. Autant de temps pendant lequel, rien ne se vend et le vin prend de la place dans les caves.

beaujolais 2015

photo : Toshifumi Kitamura/afp

Tous les mêmes ?

Aujourd’hui, les vignerons qui font du beaujolais nouveau vous diront que leurs vins sont tous particuliers. « Finis les arômes de banane, de ci, de ça, on fait des produits différents » disent-ils. Je veux bien, mais plus on s’éloigne du Beaujolais, moins le choix est édifiant. Ici, au Canada, à part le beaujolais nouveau « industriel » des Georges Duboeuf et Mommessin, l’éventail est pas mal restreint. Dommage ? Probablement ! On manque vraiment quelque chose ? Pas du tout…

prodegustation.com

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Comment fait-on du beaujolais nouveau ?

Le seul cépage pour le beaujolais rouge (oui, car il s’en fait du blanc, à base de chardonnay) est le gamay noir à jus blanc. Une fois récoltés, les grappes de raisins entières sont mises dans des cuves d’acier inoxydables qui restent ouvertes. On appelle cette méthode la macération semi-carbonique. Les raisins vont fermenter pendant quelques jours seulement. La fermentation alcoolique se produit juste par le tassement des grappes sous leur poids. Le jus fermente même à l’intérieur des grains de raisins. Après la macération, on presse les raisins et on prend le moût (le jus) pour une deuxième fermentation, et le tour est joué. Pas de bois, pas de chocolat, comme on dit dans le Rioja. Juste un vin fruité, peu coloré, aux arômes de fruits rouges et de bonbons acidulés. Le vin est bu à partir du troisième jeudi de novembre et honnêtement, s’il en reste sur les tablettes après 3 jours, cela m’étonnerait qu’il se vende. Surtout, ne pensez même pas à le mettre en cave, il ne s’améliorera pas. Après 6 mois, bonjour la poubelle.

N’empêche, près de 70% des 36 000 hectares plantés avec du gamay à travers le monde appartiennent au vignoble beaujolais. L’an passé, il s’en est vendu 28 millions de bouteilles de « beaujo » nouveau, dont 7 millions au Japon, le pays le plus friand de ce « bonbon ». Le « nouveau » représente un tiers de la production de beaujolais, ce qui m’amène à vous parler de ce que le vignoble de cette région fait de mieux : les crus.

source : http://www.loisirs-beaujolais.fr/IMG/jpg/beaujolais_crus.jpg

source : http://www.loisirs-beaujolais.fr/IMG/jpg/beaujolais_crus.jpg

Des grands crus ? Non, des crus !

Alors que les Bordeaux se classent par grands crus (il y en a quelques dizaines), les appellations de Bourgogne en comptent une centaine. Dans le Beaujolais, il y a deux appellations (beaujolais et beaujolais-village)  et 10 crus. Des vins, toujours à base de gamay mais avec un savoir-faire pas mal plus respecté et plus long  que pour le beaujolais nouveau. Vous aimez les vins plutôt légers et charmeurs, choisissez alors les crus de Chiroubles, Fleurie et Saint-Amour. Vous préférez plus costaud ? Alors ruez-vous sur les Brouilly, Côtes de Brouilly, Juliénas, Régnié, Chénas, et surtout Morgon et Moulin-à-vent . Ceux-ci sont plus épicés, plus « couillus » avec une longueur en bouche qui ne se dément pas, grâce entre autres aux quelques mois passés en fûts de chêne.

De bons achats…

Alors, si vous avez, malgré tout, déjà bu du beaujolais nouveau et qu’une fois de plus, vous refusez de boire cette appellation, risquez-vous quand même à essayer le gamay qui est un cépage très sympa et qui peut produire, des vins qui vieilliront bien dans votre cellier quelques années.

jean-paul brunL’Ancien Beaujolais, Jean-Paul Brun 2014

Le nom à lui seul vaut la peine qu’on donne sa chance à ce vin d’un producteur qu’on aime bien. Un bon vin léger avec des tanins souples, des notes de cerises et de canneberges. Un petit vin chouette sans prétention. Poulet grillé avec ça ? Oui, m’sieur…(20,95$)

griottesPierre-Marie Chermette Les Griottes Beaujolais 2014

Dans le même ordre d’idées, c’est évidemment fruité avec des arômes floraux. Frais en bouche, plein de cerises, il termine sa course dans le gosier avec une finale assez soutenue. Charmeur et bien foutu. (19,15$)

 

fessyHenry Fessy Brouilly Crus du Beaujolais 2013

Allons-y dans le cru de Brouilly avec ce producteur bien connu du Beaujolais. La robe est tout de suite plus dense, moins légère. Les fruits sont plus mûrs, les tanins sont veloutés, et les notes de framboises et même de violettes prennent le dessus. Un vin plaisir. (21,90$)

aufrancDomaine Pascal Aufranc Chénas 2014

Montons d’un cran avec ici un nez plutôt intense de fruits plutôt noirs, épicé. On a ici « plein de vin en bouche ». C’est gouleyant, mais persistant. Du bon jus très bien fait. Bravo m’sieur Aufranc… (20$)

garodiere

 

Domaine de la Garodière, Morgon, 2014

Je l’avoue, avec le Moulin-à-vin, le Morgon est mon cru préféré de l’appellation beaujolais. Il y a plus de matière, c’est plus corsé, les fruits sont davantage mûrs. Un bon morgon, pas cher sans chichi…(20,25$)

lapierreDomaine Marcel Lapierre Morgon 2014

Oui, celui-ci est pas mal plus cher que les autres, mais, croyez-moi, il en vaut la peine. Pas de fertilisants, pas de désherbants, pas de levures industrielles ici. Marcel Lapierre fait du vin nature. Pas celui du genre avec arômes de « fosse septiques », mais de beaux vins respectables et respectés. De la cerise, de la réglisse au nez, ce vin a une belle attaque en bouche. Plus corsé que les autres et surtout il « prendra de la bouteille » dans votre cellier pendant quelques années. (31,25$)

Alors du beaujolais nouveau, si vous voulez, mais sans moi ! Je préfère les plus vieux…Essayez, vous ne le regretterez pas… Vive le gamay ! À la bonne vôtre !

One comment

  • Borca Stéphanie / BRC Selection Service

    Bonjour ,je vient de savourer votre article sur le beaujolais .Je ne peut pas m’abstenir de vous dire que j’ai connue Monsieur Jean-Paul Brun ,et surtout ces vins.
    A l’époque (2006),a Paris il ma fait découvrir son Beaujolais Blanc. Je n’est plus jamais vu nul part de Beaujolais Blanc et je peut vu confirmer que c’était délicieux . Dommage qu’il na pas continue de le représenté a Paris. Tout même félicitations vous l’avais en Canada.

    Cordialement
    Stéphanie Borca