Envie d’un Brunello ?

S’il est un vin italien qui peut se mesurer aux grands crus classés bordelais, au même titre d’ailleurs que le Barolo du Piedmont, le Brunello di Montalcino est assurément celui qui mérite sa place parmi les plus célèbres. Ce vin composé à 100% de sangiovese (c’est la loi) peut, dans les meilleurs millésimes et chez les meilleurs producteurs de l’appellation, se bonifier en cave pendant plusieurs décennies.

Pour avoir eu la chance de séjourner dans la région de Montalcino, petit village médiéval situé dans la province de Sienne en Toscane, j’ai eu l’occasion de découvrir plus en profondeur ce vin tellement intéressant et souvent synonyme de magnifique complexité.

Montalcino

Montalcino (photo FA)

C’est sur un terrain vallonné que poussent les vignes de sangiovese du Brunello sur environ 1200 hectares de terrain. Traditionnellement, le raisin passe par une période de macération prolongée où la couleur et la saveur sont extraits de la peau du raisin. Après fermentation, le vin est ensuite élevé en fûts de chêne pour un minimum légal de 2 ans ainsi qu’un autre séjour minimum de 4 mois en bouteille avant de pouvoir être commercialisé. Les « riservas », souvent plus complexes et plus coûteuses, attendant davantage avant de se retrouver sur les tablettes. Les notes décelées dans le verre vont du pétale de rose, à la cerise noire en passant par les fruits rouges épicés, le poivre et les herbes sauvages. C’est un vin qui a du corps et une bonne trame tannique dans sa jeunesse. Au gré des millésimes, il existe probablement autant de style de brunellos qu’il y a de producteurs dans la région.

Chers à produire

En 1984, histoire de pouvoir rentrer dans leurs frais de production qui coûtent très cher notamment à cause du vieillissement en barils, les vignerons du brunello ont obtenu la création d’une nouvelle dénomination, le Rosso di Montalcino DOC, qui est une sorte de deuxième vin de leur domaine, composé à partir des raisins qui n’ont pas forcément trouvé grâce aux yeux des vignerons pour confectionner leur brunello. Composé lui aussi de 100% de sangiovese et produit dans la même région délimitée du Brunello di Montalcino, le vin est vieilli en fût pendant 6 mois seulement et peut être mis sur le marché un an après la récolte, ce qui permet aux producteurs de brunellos de pouvoir générer des revenus nécessaires afin de soutenir leur produit phare.

Photo : FA

Photo : FA

Brunellogate

En 2008, un scandale est venu bouleverser les pilliers de la production du Brunello di Montalcino. En effet, après enquête, il s’est avéré que certains producteurs avaient « mélangé » ou plutôt « coupé » certains cépages avec le sangiovese alors que cela est formellement interdit par la loi. Une fraude traduisant l’intention des « délinquants » de gonfler la production, de vouloir capitaliser sur la réputation du Brunello et surtout d’augmenter leurs profits en utilisant des raisins moins recherchés. Plusieurs millions de litres avaient d’ailleurs été « coupés » avec des cépages illégaux, entraînant la saisie de centaines de milliers de bouteilles.À l’époque, même le gouvernement américain avait annoncé son intention de bloquer les importations de Brunello si elles ne comportaient pas la certification en laboratoire, garantissant la composition de sangiovese à 100%.

Photo : FA

Photo : FA

Constante remise en question

Aujourd’hui, les producteurs  disent avoir tourné la page, mais cet épisode peu glorieux n’éclipse toujours pas la constante remise en question de l’appellation par certains d’entre eux. Par exemple, il y a encore des vignerons qui prônent la modernité, entendez par là, que « bonifier » le sangiovese avec des cépages « non autochtones » tels que le cabernet sauvignon permettraient d’aller grapiller quelques parts de marchés supplémentaires auprès de palais plus internatioinaux. Une formule semblable à celle des « supertoscans ». Hérésie, répondent les traditionnalistes du Brunello. Et puis, il y aussi la vaste étendue de l’appellation (1200 hectares) qui peut générer de fortes différences d’un domaine à l’autre, selon sa géographie. Ainsi, il est encore question de diviser l’appellation en plusieurs sous-régions qui seraient plus représentatives des nombreux différents styles de brunellos.  Mais comme me l’expliquait récemment Mirco Biliorsi, de la maison Caparzo, la réglementation italienne est déjà tellement compliquée à changer. « Et puis, dit-il, qui voudrait devoir ajouter sur ses étiquettes une nouvelle dénomination moins connue et par ricochet moins prestigieuse »…

Montalcino (photo : FA)

Montalcino (photo : FA)

Une classe à part qui a son prix ! 

Qu’à cela ne tienne, le Brunello di Montacino est assurément un vin à découvrir, si ce n’est déjà fait. Évidemment, comme c’est une appellation de qualité très recherchée par les « aficionados », il faut s’attendre à devoir débourser un minimum de 40 $. Les plus fortunés iront même jusqu’à 250 dollars la bouteille pour les brunellos les plus convoités. Quelques producteurs intéressants à découvrir : Altesino, Argiano, Banfi (le classique), Barbi (plus artisanal) ainsi que Caparzo. Quant aux accords mets-vin, le brunello sera aux anges ( et vous aussi) avec une viande rouge ou du gibier, accompagnés de champignons et de copeaux de truffes. Parfait aussi avec des fromages forts tels que le pecorino et le parmesan

picciniUn Brunello pour 30 $ ?

Sachez qu’il existe un brunello di Montalcino à 30 $ (le prix à la SAQ). C’est mon bon ami Robert qui me l’avait recommandé. Lui emboîtant le pas, je l’ai donc acheté au monopole de la Colombie-Britannique à Vancouver. Évidemment, parce que nous sommes plutôt moins bien desservis dans l’ouest canadien en termes de vins européens, le prix payé avoisinait les 39 dollars après taxes. Il reste que ce Brunello 2008 de Piccini Villa Al Cortile était diablement bon pour le prix. À la différence d’autres brunellos, celui-ci était tout a fait approchable immédiatement. Pas besoin d’attendre quelques années de maturation en cave pour le déguster à sa juste valeur. Une belle complexité de fruits confiturés, de tabac et de cuir qui conduit à une longue finale en bouche. Délicieux pour ce prix. Vous arborerez un sourire jusqu’au moment où vous vous apercevrez qu’il n’y en a plus dans la bouteille. À ce prix-là, ce serait dommage de bouder son plaisir. À la bonne vôtre !

3 comments

  • Bernard Tremblay

    Très bon article sur le  »Brunello »,,

  • Richard Gagnon

    J’en ai dégusté un hier avec la famille , et on l’a bien aimé , à ce prix au Québec $30.50 c’est un deal…malheureusement la saq n’en a plus région Beloeil /rive-sud de Mtl …j’espère que la saq va en commander…