Faut-il forcer les vignerons à tout dévoiler sur l’étiquette ?

De la vessie de poisson, du blanc d’œuf, de l’argile, du lait, des levures, des sulfites…Ce n’est pas une liste d’épicerie ésotérique, mais bien des ingrédients que l’on trouve dans le vin. Si vous ne le saviez pas, c’est donc que vous n’êtes pas au courant de ce que vous buvez. Est-ce donc une bonne raison pour forcer les vignerons à dévoiler tout ce qu’ils ajoutent dans leur jus de raisin fermenté ? C’est en tout cas le combat d’un vigneron belge établi en Toscane, Olivier-Paul Morandini et qui était de passage à Montréal lors du salon Raspipav.

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Les combats de David contre Goliath, Oliver-Paul Morandini connaît ça. Cet ancien étudiant de en communication et en architecture s’est un jour mis dans la tête de faire adopter eu Europe, un projet inspiré du numéro d’urgence 911, né en territoire nord-américain. Il s’est alors attaqué aux institutions européennes et les états membres pour que l’Europe se dote d’un numéro similaire afin de canaliser toutes les demandes d’aides urgentes vers un seul numéro, le 112. Jusqu’à présent, 1000 membres originaires de 80 pays sont regroupés au sein de l’association qu’il a créée.

VolpaioleAprès ces années tumultueuses d’échanges verbaux parfois acrimonieux, il découvre un besoin essentiel d’air et de nature. Après avoir un coup de foudre pour un vin d’un petit domaine toscan, avec femme et enfant, il s’en retrouve, un an plus tard, le propriétaire. Juste un petit hectare de vignes sur lequel il cultive des cépages internationaux (cabernet sauvignon et merlot), mais aussi des cépages autochtones telles que l’alicante nera (une sorte de grenache) et le ciliegiolo.

Celui qui se décrit comme faisant partie de la première génération d’apprenti vigneron, s’est embarqué à fond dans le vin bio. Mais il estime, en tant que consommateur avant tout, que les réglementations qui entourent ce type de vin manquent de mordant et de crédibilité. « Cette directive européenne de 2012 qui permet de réglementer la partie vinification du vin bio est laxiste, et les vignerons du bio ne sont pas solidaires, ils n’utilisent même pas le logo « vin bio certifié». Ce sont en fait les acteurs de la bio-industrie qui utilisent ce logo. Ceux-là même qui ont exercé une pression importante auprès de la commission européenne pour que ceux-ci sortent un avatar de directive au travers de laquelle, eux, peuvent être reconnus comme bio et profiter d’une marché où la marge de profit est beaucoup plus importante que sur le vin conventionnel. » Ce qu’il dénonce particulièrement c’est le manque d’information obligatoire et concrète sur tout ce qui est ajouté dans le vin. On ne parle même pas ici des vins dits conventionnels, qui eux, sont dans certains  cas de production industrielles, sont « gonflés, musclés, tonifiés » à coups d’additifs à n’en plus finir. Tanins chimiques, couleur, agents de collages comme du poisson, des œufs, du lait, de la bentonite et autres…la liste est longue. L’apprenti vigneron souhaiterait pouvoir imposer que soit mentionné l’utilisation de levures et  le niveau de sulfites du vin consommé. « Y’a une aberration scientifique aujourd’hui, c’est-à-dire l’obligation d’indiquer « contient des sulfites », c’est une aberration parce que tout raisin qui part en fermentation produit automatiquement un antioxydant qui sont des sulfites. Ce qui est intéressant de savoir c’est ce qui a été rajouté comme autres sortes de sulfites. »


opmPas faire la révolution, mais…

Avec 3 collègues, il a donc fondé une nouvelle organisation, TOWA (Transparency for Organic Wine Association) afin de que la  réglementation sur le vin biologique soit renforcée avec des critères rigoureux et transparents. Lui et ses acolytes sont persuadés qu’une politique ambitieuse sur le sujet servira le consommateur et ceux qui sont sensés les protéger. Encore une fois, selon lui, comme il l’avait fait avec son projet de numéro d’urgence 112, c’est se placer d’abord et avant tout comme un consommateur qui a le droit de savoir. « J’ai besoin d’éléments verbaux qui me permettent de comprendre ce qu’il y a  dans le vin et donc j’aimerais avoir accès à cette information, que ce soit d’une manière directe ou indirecte. Ce qui ne veut pas dire mettre forcément toutes les analyses sur les rétro-étiquettes mais peut-être par le biais d’une plateforme internet qui me donne accès aux informations liées au vin que j’ai l’intention d’acheter. »

David contre Goliath ?

Se mesurer au lobby du vin industriel face à une institution comme l’Union européenne n’est pas une mince affaire. David contre Goliath, peut-être mais Olivier-Paul Morandini ne se démonte pas. « En Europe, tout est soumis à l’étiquetage et on doit faire apparaitre la composition des produits, pourquoi est-ce que cela devrait être une exception pour le vin ? Que les gens nous disent ce qui motive cette exception, on écoutera l’argument, mais à ma connaissance, y’a rien qui le justifie. » Si l’industrie du vin biologique ne bouge, ajoute-t-il, il y a un risque. « En ayant un bio qui soit nivelé par le bas, le conventionnel va se l’approprier parce que finalement, l’effort à fournir pour le bio sera tellement ridicule pour des marges plus importantes que finalement on risque de voir une grosse partie du conventionnel partir sur une certification bio. »

vin bioEncourager le beau risque

Pour un vigneron, décider du jour au lendemain de ne plus utiliser tous ces additifs représente évidemment une montagne de défis, car les risques de récoltes et les dangers d’un produit fini sont parfois plus grands que la production des vins dits conventionnels. Le vigneron belge pense que ce risque devrait être encouragé et honoré. « Il faut être conscient que dans le bio, il y a des acteurs de taille industrielle qui essaient de faire les choses correctement, mais n’oublions pas les milliers de vignerons qui le font encore que correctement. Et qu’ils prennent des risques parce qu’ils ne travaillent pas avec une série d’additifs et d’intrants dans le processus de vinification. Il faut donc que ce risque soit reconnu,  que ces gens soient reconnus officiellement. Il serait donc pertinent d’avoir au sein de la réglementation européenne une catégorie sans intrants, sans additifs. »

Apprenti vigneron

En attendant que son combat continue d’attirer des appuis importants pour faire bouger les choses, Olivier-Paul Morandini produit son vin sur 5 hectares (4 sont loués) sur des parcelles situées sur les collines de la côte toscane en Maremme, sur la célèbre côte des Etrusques, là où dit-il, « on peut balayer du regard Punta Ala, l’île du Giglio, l’île d’Elbe ou encore découvrir par temps clair les sommets de la Corse si jolis lorsqu’ils sont enneigés. »

Il produit, bon an mal an, 12 000 bouteilles de vin bio. Parlant de sulfites, ses vins en ont au moins trois fois moins que ce qui est permis par la réglementation européenne. Alors que Bruxelles tolère de 100 à 150 milligrammes, selon que le vin soit rouge ou blanc, ses vins n’en comptent que de 15 à 35. On est quasiment proche du vin « nature ».

Les vins de Fuori Mondo

fuorimondoAcco

Assez étonnant ce vin embouteillé dans un flacon d’un litre (car sa « buvabilité » est grande ). 100% alicante nera, c’est un vin de soif à boire rafraîchi à 14 degrés, à cause de son faible taux de sulfites. Bu plus « chaud », le vin, trop fragile, s’abîmera. « Soit j’y ajoutais des sulfites de manière indécente, soit je m’assurais que les personnes qui vont l’acheter soient sensibilisées à cette petite mesure de sécurité. »

Libero  

Un vin 100 % à base de ciliegiolo avec un fruité très présent, parsemé d’arômes de violettes. Facile à boire, avec une belle finale en bouche.

Pemà 2012

Un assemblage de cabernet sauvignon et de cabernet franc, avec un soupçon de merlot. C’est mûr, plaisant et surtout prêt à boire dès maintenant.

AmaëAmaë 2012   

Un vin costaud, mais jamais lourd avec des tanins soyeux, une jolie fraîcheur en bouche pour des fruits noirs si mûrs. Pas donné (juste au-dessus de 100$) ,mais on est dans le haut de gamme de la part d’un petit artisan toujours en apprentissage. Tous ces vins sont disponibles en petites quantités chez l’Agence Boires. À la bonne vôtre !

Publicités

5 comments

  • Merci nous avons copié.

  • Bonjour,
    ancien vigneron en biodynamie, je me permets de me donner le rôle de l’avocat du diable.
    En effet il faut distinguer les produits oenologiques ayant contribué, éventuellement, à la vinification, et qui, telles les enzymes ont vocation à disparaitre, et les produits qui, en effet, font partie intégrante du vin comme les sulfites et certains conservateurs.
    Ceci posé, il sera plus facile de proposer de faire inscrire sur les étiquettes les produits oenologiques qui ont une incidence certaine sur le consommateur.
    Par exemple certaines opérations de filtrations n’ont pas à être marquées sur les étiquette puisqu’il n’y a pas d’ajout de produit au vin. Pourtant les membranes utilisées pour ces « nettoyages » sont loins d’être innocentes. Si on raisonne par l’absurde il sera plus simple de mettre un document accompagnant chaque bouteille car les listes peuvent s’avéré longues. Bref à bien des points de vue ce sera plus difficile d’imposer une telle règle que de mettre en place le 112. En effet le sens en est bien plus simple à appréhender.
    In vino veritas,
    L. Veillat.

  • L.Veillat, je me permets juste de revenir sur votre commentaire écrit après une lecture sans doute superficielle de l’article. Les sulfites produits naturellement par le vin font, oui, partie intégrante du vin. Ceux qui sont ajoutés, non! La mention « contient sulfites » est donc vide de sens. Dans la proposition d’amendement proposée par le Député Marc Tarabella que vous avez pu lire sur le site de TOWA, il s’agit d’indiquer juste si des levures sont ajoutées et trois échelles de sulfites 0/50, 50/100, 100/150 car vous savez comme moi que cette échelle est indicative d’une manière de travailler. Il est plus que probable qu’un vigneron qui est entre 0/50 le reste, sauf accident et donc ne devrait pas changer ses étiquettes à chaque illésime. Pour le reste, aidés d’une solution technologique comme il en existe tant aujourd’hui, il ne s’agit pas tant de l’information sur l’étiquette mais plutôt l’accès à l’information. En tant qu’ancien vigneron, vous réalisiez des analyses de vos vins. Et bien permettre au laboratoire de les déposer sur une plateforme Internet afin qu’elle soit accessible à tout consommateur est un petit geste qui permettrait de combler l’unique exception au sein de l’Union européenne. Tous les produits alimentaires y sont soumis, pourquoi pas le vin??? Au travers d’une plus grande transparence, tout le monde est gagnant; consommateurs seuls à pouvoir décider du niveau de sécurité alimentaire qu’ils souhaient accepter sur leur table / les artisans vignerons qui pourront se démarquer du bio-indistrie / le bio-industrie qui pourra, au niveau des marchés internationaux, opérer une avancée importante face à ses concurrents du nouveau monde et tenter de s’auto-discipliner davantage encore. Quant à votre commentaire sur l’évidence de la mise en oeuvre du 112, elle révèle une grande naïveté (pour être diplomate) de votre part…

    • Bonjour,
      c’est toujours sympa de commencer par un bonjour. Ce que vous décrivez au sujet des sulfites ne me choque en aucune manière, pour la simple raison que ces informations étaient déjà mises à disposition de mes clients via mes prescripteurs professionnels. En d’autre terme libre à chacun de gérer sa transparence. Par contre le rendre obligatoire, et c’est le propos de mon topic précédent, sera une autre paire de manches. Les enjeux sont très forts pour les producteurs, et ce, à bien des points de vues. De plus je ne suis pas convaincu que mettre en place un étiquetage complet informera mieux le consommateur sur le produit. De même que l’étiquetage complet d’un paquet de biscuits ne m’informe que peux si je n’ai pas un bagage scientifique de base. L’excès nuit en tout.
      Les industriels se cachent derrière des « E » pour nous faire avaler leur pires productions. Rendre l’étiquetage obligatoire pour les vins part d’un bon sentiment, mais comme chacun le sait : « L’enfer est pavé de bons sentiments ». Nous retrouver avec des étiquettes qui légalement sont impeccables mais illisibles pour le consommateur, il faudra m’en expliquer le sens. Ce sera bien plus efficace et formateur si VOS consommateurs ont accès à ces informations sans « camouflage » à base de « E ».
      En ce qui concerne le 112, puisque vous me reprochez de ne pas lire correctement, la balle est derrière le champ centre…
      Bref, la loi c’est bien utile, mais trop de loi c’est nuisible.
      @+!