Importateur privé de vin et ardent défenseur de la SAQ

Il est partout à la fois et en même temps, on ne sait pas où il est . Ne le cherchez pas caché dans son Québec natal, il vient tout juste de déménager ses pénates à Barcelone, ville vibrante du vin et de la gastronomie s’il en est… Mais même de loin, il ne perd pas de vue la place importante que tient la SAQ dans le marché..même s’il est aussi importateur privé lui-même.  

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Il suffit de suivre François Chartier sur les réseaux sociaux pour se rendre compte qu’il adore Barcelone, une ville qu’il fréquente depuis 20 ans. Vous ne serez donc pas étonnés d’apprendre qu’il a finalement fait le grand saut dans cette ville ou sévit son comparse de la cuisine moléculaire, Ferran Adrià.

Mais, François Chartier est de temps à autres de passage à Montréal et en région pour surveiller les ventes de ses cuvées vendues en épiceries et à la SAQ, sans oublier celles proposées uniquement en restauration au Château Frontenac ou encore chez Jerôme Ferrer. Sa dernière venue coïncidait avec la mise sur le marché de 9 produits vendus seulement en importation privée. Car oui, Chartier est maintenant (aussi) importateur privé.

Sa cible ? La restauration et les amateurs qui veulent dénicher quelques bouteilles qui ne sont pas disponibles à la SAQ. À travers les salons et ses tournées, il va donc vanter les mérites de ses produits qui vont de la Gascogne à la Slovénie en passant par l’Espagne et Bordeaux. Ne vous attendez pas forcément à ce que ses produits se retrouvent sur les tablettes du monopole, pour l’instant ce n’est pas l’objectif. Il préfère encore dégoter des vins « de niche ». Après tout, ses 15 cuvées disponibles sur le marché « public » lui suffisent amplement.

Celui qui vend ses vins à la SAQ par le biais d’une agence d’importation privée (Trialto), veut-il se faire concurrence à lui-même ?  Peut-on être à la fois importateur privé et défendre le monopole ? « C’est une complémentarité, dit-il. Et que je sache la SAQ ramasse le même pactole avec l’importation privée. Elle a ouvert les vannes à l’importation privée, elle l’aide de plus en plus. Et ce n’est pas parce que que j’ai des vins sur les tablettes de la SAQ que je la défends, cela fait 30 ans que j’ai le même discours. »

Il y a quelques semaines, Chartier est même monté au créneau en faveur de la SAQ qui une fois de plus, était attaquée par ceux qui voudraient qu’on libéralise ou privatise le marché des vins et spiritueux au Québec. « Là où on doit moduler aujourd’hui, c’est que je fais partie de ceux qui disent que la SAQ doit s’adapter au marché et au consommateur qui a évolué. Le consommateur est beaucoup plus curieux qu’avant et la restauration a changé la donne en arrivant avec l’importation privée. Moi, j’ai probablement vendu les premiers vins d’importation privée dans les années 90, c’était Jean-Marc Brocard à la Clé des champs et ça a levé. Aujourd’hui, le consommateur voit une plus-value à l’IP (importation privée pour les intimes). La SAQ a perdu aussi son aura qualitative, la marque je parle, pas les vins. »

Sus au dogme de l’importation privée

Ne nous voilons pas la face, il existe un certain snobisme autant du côté de la restauration (moi, Môssieur, je ne propose que des vins d’importation privée) que du consommateur (moi, Madame, je ne bois que de l’IP). Encore une fois, la modération a bien meilleur goût, selon Chartier. « Quand les gens me disent, moi, je veux juste de l’importation privée, parce que c’est meilleur, ben là, excuse-moi, mais si le Château Latour, c’est de la merde, c’est vendu à la SAQ ! »

« Dis-moi pas qu’à la SAQ y’a pas de beaux produits. Si tu dis ça c’est parce que t’as un problème, tu sais pas déguster ou t’es fermé avec tes œillères. » François Chartier

« Mais je comprends que le client qui va au restaurant et qu’on lui dit que le vin est en importation privée, il a l’impression que c’est meilleur parce que ça a été sélectionné par quelqu’un d’autre. On peut pas se battre contre ça, c’est une réalité, c’est le réflexe normal du consommateur. »

Reste que, selon lui, l’importation privée a eu du bon pour secouer les puces du marché québécois. « L’importation privée a permis de voir arriver sur le marché du vin qu’on n’aurait jamais vu autrement, soit parce qu’il est en petites quantités soit parce qu’il est un peu plus cher et qu’il n’était pas dans les visées de la SAQ. On a un marché de vins extraordinaire, je le redis et je vais le redire 1000 fois. Quand j’entends dire les gens c’est meilleur et moins cher aux États-Unis, pas certain. »

Plus de flexibilité

Comme nous l’avait confirmé en primeur l’an dernier, le PDG de la SAQ, Alain Brunet, le site de la SAQ devrait d’ici 2018 proposer de pouvoir commander à l’unité les vins d’importation privée. Un changement d’attitude qui convient bien à Chartier. « C’est sûr que si les gens peuvent commander directement sur SAQ.com, ça change la donne complètement. Quand on entendait dire que le consommateur ne voulait pas avant commander sur Internet, disant qu’il préférait d’abord prendre la bouteille en main etc, non, non ça a changé là. »

Et ses vins en IP alors ?

Une première palette éclectique pour ce lancement de produits qui va de l’Armagnac au vermouth en passant par le Languedoc. En voici quatre à essayer, et qu’il vous faudra commander en importation privée par caisse de 6 ou de 12, chez vigneronsdechartier@francoischartier.ca

 

Domaine Chiroulet, Cuvée Terres Blanches, Côte de Gascogne, 2015, France 

Du gros manseng, avec de la pêche mûre juteuse, un vin très aromatique avec un côté minéral très intéressant. Il sera en concurrence féroce avec les prix des vins du Tariquet et d’Alain Brumont. (18,30$)

Référence Blanc, Domaine Jaume, Côtes du Rhône Villages, 2015 France 

Fruité étonnant avec des notes de bonbons acidulés, d’ananas. Très vif en bouche avec une longue finale persistante. Aubépine, fleurs blanches, bref, un petit côté très Châteauneuf du pape blanc ou même comme un élégant Lirac. (29,40$)

Esprit d’Aliénor, Montagne St-Émilion, 2011, France 

Un vin du Bordelais très assumé, avec des arômes de fruits noirs mûrs, de cèdre des tanins encore fermes. Flaveurs de truffe et de sous-bois. Peut encore attendre en cave. (33,25$)

Clos des Échalas, Vinsobres, 2013, Cru des Côtes du Rhône, France 

Un assemblage de grenache et de mourvèdre.  Un vin costaud avec ses arômes de fruits noirs (cassis), de notes sauvages (sous-bois) et de tabac. Beau et long en bouche. (59,75$) À la bonne vôtre !