Le vin de la semaine : Une aubaine de Bordeaux

Quand on achète un vin, c’est en général pour le consommer dans les heures ou les jours qui suivent. Et c’est bien normal puisque plus de 85% des bouteilles sont prêtes à boire dès qu’elles sont disponibles sur le marché. Après tout, seuls les richissimes collectionneurs prennent le temps d’acheter ces grands crus inabordables qu’ils consommeront dans 10, 15 ou 20 ans. Et si je vous disais que pour 20 $, on peut acheter un très bon vin, prêt à boire maintenant ou si l’on est patient,  d’ici 10 ans, 15 ou 20 ans ? En voici un…

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Au risque de me répéter, on trouve toujours d’excellents rapport-qualité-prix dans les petits domaines bordelais issus des appellations plutôt « roturières », loin des parfois pompeux grands crus classés de tout acabit. En ce « vindredi », on fonce dans les côtes de Bordeaux, plus précisément dans les côtes de Blaye, situées sur la rive droite de la Gironde, à 45 km au nord de Bordeaux, juste en face du Médoc. C’est là que le Château Cailleteau Bergeron produit 3 vins qui, chacun à leur niveau, valent le détour. Le domaine est administré par Marie-Pierre et Pierre-Charles Dartier. Non ce n’est pas un couple, ils sont frère et sœur.

DartierC’est en 1992 qu’ils ont décidé de prendre les rênes du domaine familial, aujourd’hui fort de 50 hectares de terre. Bon an mal an, 20 000 caisses sont produites et près du quart sont exportées au Québec. Ici on connait leurs trois vins, le blanc, un assemblage de sauvignon blanc et de sauvignon gris et leurs deux rouges dont celui qui est le vin de cette semaine. Avec ses mains à la poigne d’agriculteur, Pierre-Charles travaille la vigne 6 jours et demi sur sept, sauf le dimanche après-midi, paraît-il. Ici, on a choisi le développement durable avec une certification Terra Vitis, de lutte raisonnée, pour mieux respecter l’environnement. Pendant ce temps, Marie-Pierre encadre et assure la logistique. Dès qu’on leur parle, leur attachement à la terre familiale est évident, une fierté qui sera toujours érigée en rempart pour résister aux sirènes des acheteurs de domaines dans le Bordelais. Ne cherchez pas ici du vin produit pour suivre la tendance, nous avons affaire à un certain classicisme du Bordeaux qui se retrouve jusque sur l’étiquette. Pas de jeux de mots, pas de « bibittes » ou autres logos modernes pour identifier le nectar. Il y a un petit côté vieille France, très classique, un peu obsolète. Trop, diront certains en voyant l’étiquette qui se fond dans le décor des tablettes de magasins sans attirer notre regard. Mais qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse élégante.

cailleteau bergeronChâteau Cailleteau Bergeron, Côtes de Blaye, 2012

Cette cuvée, élevée en fûts de chêne est un assemblage de merlot (80 %), cabernet sauvignon (10%) et, fait plutôt rare dans cette appellation, de 10 % de malbec pour la couleur et le côté épicé.

Dégustation : Au nez, il n’y a aucun doute, nous sommes dans la Gironde. Avec ces fruits noirs, ces prunes, quelques notes de tabac et puis, ce boisé grillé qui vient souligner l’ensemble de belle façon. En bouche, il a cette jolie charpente bâtie pour durer, avec de beaux tanins charnus. Pour avoir eu l’occasion de déguster d’autres millésimes, ce vin tient décidément vraiment bien la route dans les bonnes années. Ainsi, un 2010, un 2009 et un 2005 en avaient encore pas mal derrière l’étiquette pour d’autres années supplémentaires. Avouez que pour un vin à 20 $, on en a pour son argent. Et si je vous disais que le 1995, le 1971 et le 1961 étaient encore bien vivants ? Croyez-moi sur parole, c’était plus que surprenant…

cailleteau

Accords : Bu avec un onglet de bœuf et quelques frites, ce fut très bon. Ce côtes de Bordeaux est tendu, vif et moyennent corsé. Avec sa composante majoritaire de merlot, il pourrait tout autant bien accompagner un magret de canard qu’un carré d’agneau.

Rapport qualité-prix : Dois-je préciser qu’à ce prix (20,70$), il faut en faire provision afin d’en garder quelques-unes en cave pour les prochaines années et surtout pour goûter son évolution au fil du temps ? Vous ne serez pas déçus… À la bonne vôtre !