L’importation privée sur SAQ.com ? Pas demain la veille…

C’est probablement la période de l’année la plus achalandée pour les amateurs de vin au Québec. En deux week-ends, en deux salons, il va s’en vendre des bouteilles. Bref, c’est le grand moment du Raspipav et de la Grande dégustation de Montréal. Inutile de dire que c’est l’occasion pour les ténors de l’importation privée de se faire entendre et de se rappeler au bon souvenir du monopole. Car, la réalisation des promesses de la SAQ de vendre les bouteilles d’IP (importation privée) à l’unité via SAQ.com semble être dans les limbes… 

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Au fait, l’importation privée (IP) existe-t-elle ? Dans les faits oui, mais en réalité, non. Laissez-moi vous éclairer. Nous sommes dans un environnement où la vente de vins et spiritueux est confiée à une société d’état, la SAQ, qui occupe donc la position de monopole. Tout producteur de vin qui veut voir ses bouteilles entrer dans la succursales doit donc passer par la Société des Alcools du Québec. C’est à peu de choses près la même chose en Ontario avec le LCBO.

Pour certaines raisons (volume de production insuffisant, désintérêt des grands acheteurs du monopole, prix qui ne conviennent pas), certains vins n’entrent pas dans les magasins de la Société des Alcools du Québec. Ils peuvent alors se retrouver dans le portefeuille d’agences d’importation privée, qui elles-mêmes ont déjà des produits sur les tablettes de la SAQ.

Une fois les accords de distribution signés entre l’agence et le vigneron, ce dernier qui ne verra donc pas ses bouteilles sur les tablettes de la SAQ, doit quand même passer par le monopole pour l’importation de ses caisses de vin, leur entreposage, les taxes etc etc etc… Puisque c’est la SAQ qui “importe” les vins au nom d’une agence, il serait plus juste de dire que ces agences sont davantage des agents facilitateurs que des agences d’importation privée, mais bon, ne nous épivardons pas…

En 2016, plus de 16 000 vins, bières et alcools sont passés par cette « importation privée » pour des ventes de quelque 135 millions de dollars.

L’importation privée a le vent dans les voiles

 

Croissance nombre de produits vendus + 2,3%
Croissance nombre de bouteilles vendues + 4%
Croissance ventes en valeur +11%
Une caisse mininum ?

Pour ces vins dits d’importation privée, l’agence peut donc en faire la vente directement aux restaurants ou aux particuliers. Seule contrainte et elle peut être de taille surtout pour les particuliers, la commande minimale est d’une caisse (soit de 6 ou 12). Pas question de pouvoir commander une bouteille à la fois. Il faut donc avoir eu l’occasion d’avoir goûté le vin dans les salons (Raspipav et autre Grande dégustation de Montréal) pour en tomber amoureux au point d’en acheter toute une caisse.  Pour les agences, cela limite aussi probablement leur volume de vente, car permettre aux particuliers comme vous et moi la vente à l’unité  serait certainement plus “vendeur”.

IP sur SAQ.com : remis aux calendes grecques ?

L’an passé, Alain Brunet, pdg de la SAQ, nous apprenait qu’en 2018, il allait être possible de pouvoir commander à l’unité n’importe quel vin d’importation privée à partir d’un seul et même portail qui a fait ses preuves, j’ai nommé SAQ.COM. Une fois la commande passée, il suffirait alors de passer chercher le tout dans la SAQ de votre coin de pays.

Pour en arriver là, il ya bien des problèmes à régler : l’acheminement des stocks, l’ approvisionnement et la distribution des milliers de produits d’IP qui s’ajoutent aux produits réguliers et de spécialités. Sans oublier les frais d’agences, un véritable casse-tête car personne ne veut porter l’odieux de cet ajout de coût dans le prix final, ni les agences, ni la SAQ… Et puis il y a aussi la gestion informatique de l’ensemble qui semble poser problème.

Le succès de la carte Inspire, véritable mine d’or pour la SAQ en termes de connaissance des besoins et préférences des consommateurs, a monopolisé énormément de ressources depuis son lancement. Maintenant bien en selle, le projet Inspire devenu réalité, permettrait probablement de rediriger les efforts vers le projet « IP sur saq.com », qui lui, est toujours dans les cartons, mais n’a guère progressé depuis un an, selon ce qu’on entend entre les branches.  

Mes sources me chuchotent en effet que rendre accessibles tous ces nouveaux produits et les inclure dans le portail SAQ.COM prend plus de temps que prévu. Une tâche colossale en ces temps où les exemples de complications administratives liées à l’informatique semblent être légion. Il suffit de penser au logiciel Phénix de système de paie des fonctionnaires fédéraux ou encore les problèmes informatiques de gestion de commandes de la SAQ pour les restaurants qui ont littéralement explosé cet été et qui ont créé bien des maux de tête aux restaurateurs et aux agences. 

Impasse ?

Questionné sur les retards potentiels alors qu’on parlait il y a un an de 2018, la SAQ m’a répondu plutôt laconiquement : « notre intention est toujours ferme en ce sens mais que nous n’avons pas d’échéancier précis à ce jour », dixit Linda Bouchard, agente d’information du monopole. Bref, adieu 2018, semble-t-il… Alors en 2019 ? Impossible à savoir. Réponse des agences d’importation privée ? Pierre Birlichi, de l’agence Raisonnance : « On ne peut que se réjouir que la SAQ confirme sa volonté de créer le support qui permettra aux amateurs de commander des importations privées en ligne, et à la bouteille. En même temps, les enjeux restent nombreux pour satisfaire le triptyque monopole-agents-particuliers. Toutefois, le Raspipav demeure moteur et force de propositions. »

Je ne sais pas pour vous, mais dans les deux cas de réponse, on peut en déduire 2 choses hypothétiques. Soit ils travaillent main dans la main pour faire avancer les choses, soit devant un monceau de problèmes tant administratifs que logistiques, chacun reste dans son coin et rien ne bouge… J’aurais tendance à privilégier la deuxième option… Mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas demain la veille que nous, les particuliers, pourront commander du vin d’IP à la bouteille dans le confort de notre salon sur SAQ.com. À suivre…

Donc en attendant, la seule façon de déguster et d’acheter à l’unité un vin d’IP, c’est d’aller faire un tour aux deux salons dans les prochains jours.

Raspi quoi ?

Le Raspipav c’est le Regroupement des agences spécialisées dans la promotion des importations privées des alcools et des vins. Ce salon qui se déroule du 28 au 30 octobre à Montréal et le 31 octobre à Québec, rassemble 150 vignerons et propose 2 000 produits à déguster. Un événement très couru par les amateurs de vins qui sortent parfois un des sentiers moult fois battus et qui, cette année encore, est “porte-parolé” par Philippe Lapeyrie, la star du vin au Québec. 41 agences de “facilitation” seront présentes et sauront assurément vous charmer et vous faire découvrir leurs vins d’IP que vous pourrez donc acheter à la pièce. Billets ici: http://raspipav.electrostub.com/event.cfm?cart&showTimingID=186052

Grande dégustation de Montréal

L’autre grand rendez-vous de cet automne, c’est la Grande dégustation de Montréal qui se tient du 2 au 4 novembre. Champagne, riesling, état de Washington et cocktails sont les thématiques de cette édition. Là encore, l’occasion de pouvoir acheter à l’unité des vins d’IP. En plus, cette année, il existe une application comprenant un plan des exposants, l’horaire des ateliers et vous pouvez même prendre des notes de dégustation sur les vins que vous aimez (Pour IOS, Android). Billets ici: https://www.tix123.com/tix123/eTic.cfm?code=GDM2017

 

 

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