Où en est le vin québécois en 2017 ?

Alors que la  grand messe du vin québécois bat son plein en Estrie avec la Fête des vendanges, force est de constater que le vin du Québec gagne en popularité à la SAQ et dans les épiceries. Mais où en est le vin d’ici en 2017 ? Rapide état des lieux.

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Les vins du Québec ? « Ils ne sont pas buvables ! » « Les rouges ne sont vraiment pas bons ! » « À part le vin sucré, le Québec ne produit rien de bon à partir de la vigne! » Autant de phrases qu’on a a entendues maintes et maintes fois. Mais, de moins en moins depuis quelques années. Et pour cause, puisque de gros investissements ont été effectués dans l’industrie. Un raffinement des méthodes, une meilleure crédibilité des vignerons ainsi qu’un intérêt croissant du consommateur ont créé la « tempête parfaite » pour aujourd’hui en arriver à 2 millions de bouteilles qui sortent du chai québécois. Et alors que certains rêvent déjà de quintupler cette production, l’industrie n’est pas au bout de son évolution.

Appellation contrôlée ?

D’abord, le grand sujet du moment au sein du milieu vinicole québécois parle, c’est ce fameux projet d’IGP (Indication géographique protégée). Une sorte d’appellation contrôlée pour « rassurer » le consommateur sur le provenance des raisins et le savoir-faire des vignerons québécois. Les producteurs devraient en effet se soumettre à une séries de critères de certification dont un test de goût entre autres. Beaucoup parle de la fin 2017 pour s’entendre sur cette IGP, mais rien n’est gagné d’avance apparemment. En jeu entre autres, le partage d’équipements et la sous-traitance de certaines opérations entre vignerons québécois, comme le pressage du raisin. Les autorités compétentes argumentent sur le fait que les vignerons doivent élaborer leur vin avec le raisin qu’ils ont cultivé, et non à partir de raisins qu’ils auraient achetés d’un autre producteur. Bref, on se chamaille sur le cahier de charges pour faire partie de cette IGP. À suivre…dans le dédale administratif de la bureaucratie et des jeux de coulisses…

Moins de cépages « ésotériques » ?

L’impardonnable climat québécois a marqué de ses givres la vigne. Résultat, les cépages hybrides que sont les frontenac, marquette, vidal, seyval et autre petite perle peuplent encore beaucoup les vignobles. Mais, ça et là, des vignerons audacieux ont commencé il y a quelques années à planter des vitis vinifera avec des progrès encourageants. On voit ici et là poindre, du pinot noir, du chardonnay, de l’alvarinho ou encore du cabernet franc. Des expériences qui, déjà dans certains vignobles sont tantôt très prometteuses, tantôt déjà réussies. Ce sont en tout cas des cépages qui sont plus facilement « vendables » sur le marché et qui font déjà partie du vocabulaire et des habitudes des consommateurs d’ici. La technologie et le réchauffement climatique contribueront aux futurs succès, à n’en pas douter…

La place du Québec à la SAQ

Depuis 2015, près de 500 produits « made in Québec » ont pris le chemin de la SAQ. Résultat, les ventes de vins, cidres et spiritueux ont grimpé de 17 % en un an. En 2016, le monopole a fait davantage de place aux vins québécois, portant à 270
le nombre total de succursales disposant d’une telle section. Bonne nouvelle donc, à condition que les vignerons puissent fournir suffisamment de volume pour se retrouver sur ces tablettes. Là, les plus petits en arrachent. De plus, certains producteurs commencent à se plaindre de la pression à la baisse sur les prix demandée par la SAQ.

Et dans les épiceries ?

Avec l’assouplissement des règles, les vignerons d’ici peuvent maintenant directement vendre leurs vins aux dépanneurs et épiceries sur le territoire québécois. Ce n’est pas rien, puisque ce sont des milliers d’enseignes potentielles supplémentaires pour eux. Une façon aussi pour le « made in Québec » de se mesurer aux produits d’ailleurs en étant plus concurrentiels puisque les marges de profit seraient plus grandes qu’en vendant à la SAQ. Le résultat est en tout cas au rendez-vous si l’on se fie aux volumes de vente et à certaines pénuries déjà observées. Encore faut-il que la qualité soit aussi au rendez-vous, pour ne pas ternir l’image des vins québécois qui tentent de se tailler de plus en plus une part de gâteau croissante sur le marché local. À surveiller.

Grand messe du vin québécois

Une bonne façon de suivre l’évolution et les progrès de l’industrie reste encore le « travail » de dégustation. La fête des vendanges de Magog est une bonne occasion de tester les nouvelles cuvées et en découvrir, qui faute de volume, ne sont pas vendus dans le réseau de la SAQ. Lors de la dégustation, n’hésitez pas à demander un crachoir pour ne pas saturer vos papilles après 3 verres. Car oui, il y a des crachoirs, mais pas à tous les kiosques.

5 coups de cœur à découvrir à Magog et ailleurs !

Le Chat Botté, Blanc, 2016

Un blanc très frais et bien vif, bon représentant des contrées de Hemmingford. On croque dans le fruit et c’est parfait en apéro ou pour accompagner une bonne petite salade. (18,35$)

Vignoble du Marathonien, Seyval blanc, 2016

À Havelock, à  l’ouest d’Hemmingford, on cultive du bon seyval blanc, cet hybride des climats froids. Un vin très axé sur les arômes de pomme verte avec quelques notes florales. Servi bien frais, il devrait vous plaire sur un poisson blanc. (14,55$)

 

Coteau Rougemont, Saint Pépin, 2015

Superbe découverte que ce blanc floral et minéral à la fois. Très élégant avec ses notes citronnées et son petit côté grassouillet sur la finale. Et pourquoi pas un plat au poulet pour le déguster ? (21$)

Haute Combe, Domaine Côtes d’Ardoise, 2013

Un rouge savoureux élaboré dans le plus vieux vignoble québécois, situé à Dunham. Un bel assemblage de gamay, de dechaunac et de chelois qui surprend par sa belle tenue en bouche avec ses notes de fruits rouges et de poivre. Très belle surprise. (18$)

 

Vignoble de la Bauge, Rassemble-Heure 

Ce vignoble de Brigham qui s’est d’abord fait connaître par son élevage de sangliers produit de bons vins sec comme « l’Equinox » ou le « Rosez ». Mais il vient aussi de développer une gamme de vins vendus en épicerie. Ce « Rassemble-Heure » est un rouge fruité (cerises et mûres), plutôt léger bien équilibré. À servir rafraîchi. (13,99$) À la bonne vôtre !

 

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