Que boit le président de la SAQ ?

Être à la tête d’un des plus gros acheteurs mondiaux de vins n’est pas donné à tout le monde. Alain Brunet avait 20 ans quand il a commencé sa carrière à la SAQ comme commis, alors qu’il était encore aux études. Mais que boit-il ? Certaines réponses pourraient vous surprendre. Rencontre avec le numéro un du monopole.

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Nous sommes en 1981, cette année-là, le jeune Alain Brunet entre pour la première fois dans le monde du vin et des alcools. « C’était vraiment intéressant parce qu’on pouvait travailler un certain nombre d’heures selon l’horaire qu’on avait et faire nos études en parallèle. En plus, je commençais à m’intéresser au vin, puis on commençait à sortir dans les restos, donc ça combinait un peu les deux attraits.J’étudiais en histoire, on peut dire que c’est connexe, parce que j’étudiais la géographie et le vin c’est la géographie. Ensuite, j’ai découvert le commerce de détait et j’aimais beaucoup le contact avec le public. Ça a été une passion que j’ai découvert et que j’ai poussé beaucoup plus loin. Finalement j’en ai fait une carrière.”

brunetAinsi, pendant 5 ans à temps partiel à placer des bouteilles puis à servir des clients et s’occuper de la caisse, il fait ses marques et restera pendant une autre trentaine d’années au sein de la SAQ avant de terminer au sommet de la pyramide. Mais comment fait-on pour se retrouver le numéro un de l’entreprise ? “Un long cheminement un peu comme un apprenti qui a développé son travail, un peu comme les artisans qui développent leur talent, à force de pratiquer le métier, moi je pense que c’est un peu comme ça que je vois ça, même si je suis plus dans la gestion, l’administration, le commerce, mais j’ai aussi un intérêt pour le milieu, le vin, les spiritueux, je suis un épicurien, j’aime beaucoup la bonne bouffe. »

Pendant 35 ans, Alain Brunet en a vu du changement, surtout du côté de la clientèle. Et ce n’est pas fini, comme il l’explique dans cet article. « Quand j’ai commencé, le consommateur était au début d’un apprentissage et d,une relation avec le vin. On buvait beaucoup de vins blancs souvent doux, (Black Tower, l’Oiseau bleu) et progressivement j’ai vu arriver les vins secs, les muscadets comme la Sablette dans le temps qu’il était fort populaire. Ensuite ça a rapidement basculé avec les vins rouges. Maintenant, c’est pratiquement 80% du vin rouge. Donc, il y a eu une évolution. »

La SAQ était-elle prête pour cette révolution du palais ?

“Avant à la SAQ, et je n’ai pas peur de le dire parce que j’en faisais partie, on ne connaissait pas bien nos vins au début des années 80, même on faisait un peu rire de nous. avoue le « boss » de la SAQ. Mais en 1985,  on a eu un président, monsieur Tremblay, qui a beaucoup investi dans la formation et la connaissance des produits. D’une grande faiblesse, on en a fait une plus grande force aujourd’hui.

« La clientèle nous dépasse constamment, nous “challenge et ça c’est le profil du Québec et on le voit aussi dans la bonne bouffe, pas juste dans le vin.”

feu-folletPremiers vins bus ?

« Au début des années 80, c’était du Feu Follet, du Perce-Neige. Après c’était du Mouton-Cadet, la Fiole du Pape. »

Les vins que vous buvez maintenant ?

“Moi, j’ai découvert que j’adore les vins italiens, j’aime beaucoup les grands vins italiens. Un bordeaux, oui, parce qu’on est tellement exposé à ça. Mais sinon, c’est la Bourgogne depuis quelques temps qui m’interpelle beaucoup. C’est pas facile, puis c’est de la complexité, c’est tout un apprentissage ne fut-ce que de connaître les appellations et les lieux-dits. Je ne suis pas un expert de ça du tout.”

Votre profil « Inspire » ?

“J’ai mon profil Inspire, et c’est l’Espagne ! J’aime beaucoup les vins espagnols, ils ont un petit côté qui m’interpelle un peu. J’aime beaucoup le Portugal aussi. Je butine pas mal…mais assez Vieux monde, c’est vrai je dois admettre ça. Un peu la Californie mais ça a été une passade…Mais faut que je fasse attention…(rires), je veux pas dire  qu’ils sont pas bons, ils sont tous très bons…Je ferais pas la langue de bois non plus,mais ce que je veux dire, moi mon profil, c’est vraiment Vieux monde, Italie, Espagne, Portugal, puis évidemment la France on n’y échappe pas.”

Des spiritueux ?

“Là j’ai découvert les micro-distilleries avec notamment les gins, c’est incroyable ce qui se passe sur nos tablettes avec les gins d’ici… je me suis laissé tenter et ça ça m’a amené à redécouvrir les spiritueux et a intégrer cela de plus en plus dans mes habitudes de consommation. Huit pour cent de progression depuis 2-3 ans  et ça continue cette année!

Le vin à amener sur une île déserte ?

« J’amènerais une caisse avec 6 bons vins d’Espagne et 6 grands italiens. Moi, ça me prend mon petit verre de vin tous les jours et c’est un acquis depuis plusieurs années… Je me rends compte que la qualité a pris de plus en plus de place, Une fois de temps en temps avec des amis, on a des groupes où on prend des grands vins, des belles bouteilles mais c’est pas ça ma réalité. C’est le fun, je « trippe » quand on fait ça, mais ma réalité sur une île déserte, j’aimerais ça en avoir quelques-uns (vins) pour quelques jours. C’est pour ça que j’amènerais un caisse puis je me gâterais avec des choses un peu nouvelles pour me tenir en vie.”

petrusUn Pétrus à 3500$ ou 100 vins à 35 $ ?

“J’essaie de me discipliner puis j’achète mon vin tous les jours. Pour  avoir des vins tous les jours, je me situe autour de 15-18-20$ , j’ai pas peur d’aller à 15$. Y’en a qui se disent moi je bois plus ça des vins à 15$. Mais non, y’en a des bons ! J’aime avoir de la nouveauté tous les jours. Je vais aller a Signature, puis je vais parler au gars, et là ça fait une couple d’années que je l’ai pas fait. Et là, je lui dis j’ai un budget de 1000-1500 $ et « one shot », je veux quelques bouteilles, tu vas m’en donner deux de chaque et je vais les mettre dans ma cave et tu vas me guider. Ce sera pas le Pétrus à 3500$, ça c’est sûr. ”

S’il fallait boire le même vin tous les jours ?

« Probablement un italien ! J’aime quand on goûte le fruit et qu’il n’y a pas de sucre du tout, y’a l’équilibre. »

Votre dernier vin « avant la chaise électrique » ?

« Peut-être un Romanée-Conti, tant qu’à faire on va se gâter, j’espère que ce sera pas trop a la course !

Votre plaisir liquide coupable ?

J’ai pris plaisir à boire des cidres prêts à boire. J’ai découvert le Rouge Gorge du Domaine Lafrance, un vermouth à base de cidre.

Et un plaisir inavouable pour casser un peu votre image de « boss » de la SAQ ?

Malheureusement, il y a encore de l’alcool (rires) La Molson Ex ! Ça vient de mon père qui en buvait. J’aime beaucoup ça prendre une petite bière de temps en temps. Je me fais un peu agacer par mon garçon de 20 ans, je suis pas mal dépassé. Au moins c’est pas de la Laurentides…

entrevue brunet35 ans de carrière à la SAQ ! Et après ?

“Je ne reviendrai pas en arrière dans l’entreprise, bien que ce ne soit pas un recul, j’ai été fier de tout ce que j’ai fait. Après, il faudra que je fasse autre chose en dehors de la SAQ. Moi je suis un agent de changement dans la vie comme à la SAQ alors… j’arrêterai pas de changer pour que ça bouge à la SAQ… donc après, ça pourrait être complètement différent. Je suis très ouvert à ça.”

Pour écouter l’entrevue avec Alain Brunet, c’est ici.

One comment

  • JP DEMOULIN

    merci c’était très intéressant et instructif (au point de vue des goûts du NORD