Salut, le Fou…

Je sais, un blogue sur le vin, c’est pour parler de vin, ce liquide concocté par beaucoup de marchands de bonheur. On ne peut être que joyeux quand on écrit ça. Mais ce matin, je voulais voler quelques minutes de votre temps pour parler d’un bon vivant du vin qui nous a tous pris par surprise…

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

C’est l’histoire d’un mec qui « trippe » sur le vin. Je dis « trippe » parce que pour moi c’est impossible d’écrire ça à l’imparfait. David Pelletier n’était pas un ami proche. C’était un chouette collègue, un peu ours mal léché, un peu bourru. Un fou du vin qu’on croisait ça et là au gré des dégustations. À chaque gorgée, il tapotait frénétiquement sur son laptop ou sa tablette afin de garnir son impressionnant carnet de notes de dégustations sur son site sommfou.com. Quelques milliers d’entrées sur des vins du monde entier. Et puis on y trouve aussi ses coups de gueule toujours bien sentis sur la SAQ, les vignerons, les aberrations du système vinicole etc. Un style, une gouaille et pis toujours cette bouille de bon vivant à qui on ne la fait pas.

Cette année, David a eu pas mal de changements dans sa vie. Une remise en question personnelle, une compression de poste là où il était un enseignant apprécié, des problèmes de santé qui étaient finalement résolus et puis cette envie de se reprendre en main. Il courait de temps à autres, le bougre, pour se remettre un peu en forme je crois. 2017 s’annonçait prometteuse, il venait de signer un contrat d’édition pour son propre guide du vin…Un guide qu’il va sûrement peaufiner là où il est. Ce guide, on l’inventera dans nos têtes, faute de le lire un jour.

David, c’était un féru des iconoclastes du vin. Parlez lui de Randal Grahm, ce vigneron californien qui fait son fameux Cigare volant. Un original en qui, je crois, David avait trouvé un ami. Pour lui avoir parlé la semaine dernière, le sommelier fou en profitait cette semaine pour aller faire en tour en Californie dans les vignes du susnommé. Une nouvelle vie, de nouveaux projets, un petit saut en Californie et puis boum…il s’en est allé comme ça sans rien dire…sur les terres de la république californienne.

Chaque samedi matin, il publiait son article sur sommfou.com. Une lecture toujours attendue par ses « followers ». David est parti hier, bien trop tôt. Mais ce matin, croyez-le ou non, il a publié son article… Un dernier texte à la publication programmée. Une dernière missive publiée post mortem et consacrée à Jessica Harnois…

sommfou

Avec Marie-Hélène Boisvert…

Le monde des chroniqueurs du vin, c’est un petit monde au Québec. On se connaît tous un peu. Chacun a son style, ses préférences et ses propres coups de gueule. Savoir que David est le premier de la confrérie qui s’en va, ça fait bizarre. Lui pourtant si jeune, si fou… Aujourd’hui, on a perdu un sacré bonhomme. Je sais que sa famille, ses proches, Valérie, Nadia, et tous ceux qui l’ont côtoyés ou qui ont lu ses chroniques ressentent un grand vide depuis quelques heures. Son sourire en coin, ses grommellements, ses photos de bouffe (#stiedericardoamarde, un de ses hashtags préférés), de bouteilles et puis cet humour, nous manqueront tous terriblement.

Alors, aujourd’hui, allez sur son blogue (sommfou.com) choisissez une région que vous aimez dans son répertoire si bien organisé. Foncez à la SAQ, achetez la bouteille et ce soir au moment de l’ouvrir, souriez, faites un clin d’oeil vers là-haut et prenez une bonne gorgée du nectar et appréciez ce vin comme il l’a fait toutes ces années. Faites que son blogue reste sur le web pour l’Éternité…

Quant à moi, ce matin, il me vient en tête cette chanson de Brel, « Le moribond » qui me semble tout à fait à propos pour saluer le Fou. « Je veux qu’on rie, je veux qu’on danse, je veux qu’on s’amuse comme des fous… »

Le Fou est mort, longue vie au Fou… Ciao l’Artiste !

PS Je suis retombé sur le petit article que j’avais écrit sur lui en 2015…Vraiment étrange de réentendre sa voix dans le podcast… Si cela vous tente, c’est ici.

2 comments

  • Thomas Tremblay

    Salut Fred,

    Tu as, je penses, bien cerné l’individu. Je ne l’ai jamais rencontré, malheureusement, mais nous correspondions occasionnellement via son courrier des lecteurs ou autres commentaire ici et là dans ces écrits.
    Comme bien d’autre, son style bien particulier et son franc parlé faisait en sorte qu’en le lisant, j’avais plus l’impression de jaser avec un ami. Un ami que je suivais depuis un bout de temps. Il va me manquer c’est certain.

    Mes sympathies aux proches et sa famille.

    MisterT