Test : Et si on buvait du vin sans alcool ?

Que ce soit par choix ou par obligation, boire du vin sans alcool pour la première fois est toute une expérience. L’envie de festoyer avec les autres demeure malgré tout une envie raisonnable et saine. Pour ce faire, il existe quelques dizaines de produits sans alcool sur le marché. Mais que valent-ils ? Comment sont-ils élaborés ? Et surtout donnent-ils du plaisir a boire ? Réponses dans ce banc d’essai.

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Du vin sans alcool ? Vraiment ?

D’abord, qu’est-ce que le vin « conventionnel » ? C’est du jus de raisin auquel on a jouté des levures afin qu’il fermente en cuve ou en  fût. Pendant cette étape, le sucre contenu dans le raisin va fermenter et se transformer en alcool. Dans certains cas, le vigneron peut décider de ne pas laisser tous les sucres se transformer, c’est ce qu’on appellera alors le sucre résiduel. Généralement, un vin sec n’aura pas plus de 5 grammes de sucre résiduel par litre.

Le vin « sans alcool » est en fait du vin (donc du jus de raisin fermenté) qu’on va « désalcooliser ». Et pour ce faire, on va utiliser différents procédés technologiques compliqués comme l’osmose inversée, soit séparer le mélange eau et alcool, ou encore en utilisant la distillation directe avec un système de colonne de cônes rotatifs.

Des vins secs ? Pas vraiment !

Une fois le vin désalcoolisé (ce qui techniquement et légalement ne devrait plus s’appeler du vin), certains additifs sont alors ajoutés lors de l’embouteillage. Cela va du gaz carbonique (ce qui donne cette impression de vin perlant) à l’acide ascorbique ou acide citrique (pour contrebalancer la présence du sucre et pour la conservation du vin). Mais, surtout du sucre en masse ! Car un vin désalcoolisé a perdu son alcool, donc sa rondeur et sa texture plus ample. Par conséquent, on ajoute du sucre pour le rendre plus charmeur…certains diront « buvable ». Mais combien de sucre ? Difficile de connaître ce niveau de sucre réel sans faire des calculs savants, car comprendre les étiquettes des vins désalcoolisés relève du défi. Certains indiquent le taux de sucre par 100 ml, d’autres par 250 ml ou encore 140 ml.

Des étiquettes confuses

Une étiquette mentionne même le nombre de calories… en grammes ! D’autres n’indiquent absolument rien… Pas de cépage de base, rien sur les calories, rien sur la composition du breuvage. Bref, un autre défi pour savoir ce que l’on boit.

Le test !

Pour cette dégustation hors du commun sur un site internet qui parle de vrais vins (donc avec fermentation alcoolique), 5 personnes ont été recrutées. Une jeune femme enceinte, Julie-Jasmine, et son conjoint, François qui lui, va peut-être la suivre dans son aventure sans alcool, pour ne pas devoir boire une bouteille de vin « conventionnel » tout seul au complet et de là, subir une grossesse sympathique. Toujours prêts à vivre de nouvelles aventures viniques : l’athlétique Ironman Cendrix et sa chère épouse Mylène ainsi que la magnifique douce moitié de l’auteur de ce site, j’ai nommé Patricia. Tous, des amateurs de « vrais » vins qui ont été avertis que les vins désalcoolisés qu’ils s’apprêtaient à boire à l’aveugle (ou a l’anonyme comme diraient les puristes fatigants (pléonasme?) étaient forcément plus sucrés que ce qu’ils boivent habituellement.

Les produits

Pas moins de 18 produits ont été soumis à la dégustation, et ont été séparés en trois catégories : parmi les vins tranquilles : les blancs, les rouges et rosés. Parmi les effervescents, les vins et les boissons pétillants. La plupart sont vendus en épicerie, d’autres à la SAQ.

Dans la première catégorie, se trouvaient le riesling de Carl Jung, le Vi-no-zé-ro Miller-Thurgau, le chardonnay Vendôme Mademoiselle, Les Cocottes de Chavin (chardonnay) et le FuenteAmor.

Deuxième catégorie : le rosé Vendôme Mademoiselle, le merlot Vendôme Mademoiselle, la syrah Natureo de Torres et le tempranillo de Fuenteamor.

Troisième catégorie, celle des mousseux et boissons effervescentes: le Freixenet Legero, les NN Ennius de CopaBoca, blanc, rosé et bleu (oui, bleu!). Sans oublier les Festillants blanc, rosé, pamplemousse et mojito.

Et histoire de raviver les papilles qui pourraient être endormies par tout le sucre de cette dégustation marathon, une seule bière a été rajoutée en fin de parcours, la Budweiser, cuvée Prohibition.

Les résultats

Nos 5 goûteurs ont donc dégusté les 18 produits en apportant leurs commentaires sur l’acidité, le taux de sucre, les arômes, le goût plaisant ou pas. La présence d’acide citrique et autres dans les vins semblent avoir titillé leurs papilles et les avoir gardé en éveil pour la durée de l’exercice. Si certaines boissons leur ont déplu, d’autres ont obtenu leurs bonnes grâces.

Les blancs

Avec 78% de taux de satisfaction, c’est le chardonnay « Les Cocottes » de Chavin qui a été préféré par nos dégustateurs. Ils ont apprécié les arômes de litchi, de pêche et sa fraîcheur (8,99$ en épicerie).

 

 

En deuxième position avec 72%, le riesling de Carl Jung. Plébiscité parce qu’il se rapproche beaucoup d’un « vrai vin », ce vin allemand leur a donné une impression de moins sucré que les autres. (8,99$ en épicerie)

 

Enfin sur la troisième marche du podium (60%), le Vi-No-Zé-Ro, avec ses 41 grammes de sucre résiduel et son côté vif quelque peu acide. (7,35$ à la SAQ)

 

 

Rosé et rouges

D’emblée, après la dégustation des tous ces vins et boissons désalcoolisés, un constat s’impose : les vins rouges en arrachent. Trop sucré, trop « jus de raisin », le rouge désalcoolisé a encore du chemin à faire pour séduire.

D’ailleurs, c’est le rosé Vendôme Mademoiselle qui a tiré son épingle du jeu en finissant premier (64% de satisfaction). Un rosé frais que Julie-Jasmine, qui pourrait aussi faire la pluie et le beau temps dans le monde du vin désalcoolisé, a beaucoup aimé. (12,99$ en épicerie)

 

Le seul autre rouge qui a plus ou moins convaincu (à 44% seulement !) demeure la Syrah Natureo de l’espagnol Torres avec ses 28 grammes de sucre par litre. (11,30$ à la SAQ)

 

Les mousseux et boissons effervescentes

Grand gagnant presque toutes catégories des « sans alcool », avec 82 % de taux de satisfaction, le mousseux espagnol de Ligero de Freixenet, évidemment beaucoup plus sucré (57 grammes par litre) que l’original (9,05$ à la SAQ). Très proche de son « grand frère », ce mousseux a beaucoup plu à l’ensemble de nos testeurs.

Juste derrière , on retrouve le Festillant blanc (76%), avec ses jolies bulles et son petit côté « popsicle » de 60 grammes de sucre par litre. (12,99$ chez IGA et Metro). Le Festillant pamplemousse a trouvé l’assentiment de nos cobayes (74% de satisfaction) grâce à son goût de…pamplemousse frais. (12,99$ chez IGA ou Metro). Enfin, le Festillant rosé a récolté une cote de satisfaction de 72%.

 

Et la bière alors ?

Une seule bière a été servie, il s’agissait de la Budweiser Cuvée Prohibition. Une bière jugée très favorablement au point de remporter la meilleure note, toutes catégories confondues, de 85%. Son nez houblonné et sa bouche très proche d’une bière alcoolisée ont été soulignés unanimement. (10,99$ le pack de 6 en épicerie)

L’avis de l’expert 

Ah, c’est moi ça ? Pour avoir goûté en même temps que nos dégustateurs amateurs, je dois dire que le sucre demeure le grand problème de ces boissons désalcoolisées avec des 30, 40 et parfois 75 grammes de sucre par litre. Pas très bon pour les diabétiques…Cela en fait des « vins » plus ou moins digestes à la longue, qui peuvent vite « tomber sur le cœur ». Être capable de boire plus de deux verres de ces boissons me semble utopique. La clientèle visée (femmes enceintes, sportifs, ceux qui ne peuvent plus boire d’alcool et autres) doit en tout cas se contenter de ces produits pour l’instant. Comme quoi, la modération ne concerne pas que les vins « avec alcool ». J’ajouterais qu’une plus grande transparence sur le mode de fabrication et sur la composition de ces boissons aiderait beaucoup le consommateur à se faire une meilleure idée sur les qualités intrinsèques de ces produits. Enfin, il est très important de servir ces boissons désalcoolisées à une température très basse (4-6 degrés maximum) car des boissons sucrées servies trop « tièdes » n’en sont que plus déplaisantes. Sur ce…à la bonne vôtre !

 

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One comment

  • la cote de vincent

    Bonjour, afin d’être complet à votre interressant dossier, il vous maque LA COTE DE VINCENT, distribué par la Vigne des Neiges 🙂
    La Côte de Vincent France.