Vins du Québec : juste un problème d’étiquettes ?

« Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse», a écrit Alfred de Musset. Ce concept, qui à mon avis balaie du revers de la main non seulement l’importance de la qualité du contenu et, du contenant n’est pas à l’avantage de l’industrie vinicole. Celle du Québec aurait-elle un examen de conscience à faire ?

Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)

Lors de mon passage en fin de semaine à la fête de vendanges à Magog, j’ai pu constater à quel point il se fait des produits de la vigne de plus en plus intéressants et soignés. Mais, ce fut aussi l’occasion de se rendre compte que certains vignerons gagneraient à réfléchir sur leur façon de nous donner l’envie de goûter leurs vins. Pour quelques domaines qui font l’effort d’ajouter une touche plus que bienvenue de marketing futé par le biais d’un « packaging » et d’étiquettes accrocheuses, combien d’autres n’ont apposé sur leur flacon que des étiquettes laides aux couleurs criardes ou encore d’une banalité affligeante, qui ne donnent aucunement l’envie d’aller au-delà de ce graphisme pauvre et peu évocateur ?  Certaines étiquettes semblent tout droit « sorties » d’une réunion de famille vigneronne où les cartouches couleurs d’imprimante de la même famille ont été mises à contribution de façon démesurée.

gelinasPour être bu, il faut être vu !

Comprenez-moi bien, j’ai le plus grand respect pour ceux qui travaillent la vigne. C’est une industrie qui a fait le pari de produire du vin dans des conditions peu propices (le climat ardu du Québec  vient à l’esprit en premier) avec les moyens du bord (des cépages difficilement « marketables » et une Histoire vinicole fascinante (mais qui en est encore à ses balbutiements), qui s’écrit année après année. Et que de chemin parcouru depuis les 20 dernières années. Mais dans un marché où des milliers de produits du monde entier  jouent du coude sur les tablettes du monopole de la SAQ, il faut plus que jamais innover et se démarquer. Et au vu de mes pérégrinations dans les domaines vinicoles en sol québécois, il reste encore tellement à faire. Il ne faut peut-être pas forcément aller dans des stratégies marketing quelque peu extrêmes (lire ce texte écrit précédemment sur l’industrie vinicole en Colombie-Britannique), mais quelques audaces profiteraient à ces producteurs frileux et/ou mal conseillés en termes d’image de leurs produits. Bien sûr, il faut aussi garder à l’esprit le contexte de cette industrie. Par exemple, le mince volume de production locale qui empêche de percer le marché et qui empêche d’avoir accès au réseau de vente du monopole (qui a fait des efforts récemment à ce propos, reconnaissons-le). Ou encore le manque de moyens financiers pour ces domaines qui sont souvent des affaires familiales.

Le contenant, reflet du contenu ?

Ce qui m’amène sur le front de la « buvabilité » de certains vins québécois. Pour en avoir discuté avec certains vignerons  et avoir vu de mes yeux vus, les réactions de visiteurs de la Fête des vendanges de Magog quand ils goûtaient pour la première fois quelques vins québécois, certains domaines peinent encore, pour de multiples raisons (savoir-faire, méthode de culture de la vigne et techniques de vinifications) à sortir du lot, à cause de vins parfois mal équilibrés et un peu bâclés. Les dégustateurs amateurs grimaçant après avoir pris une gorgée de certains vins, faisaient néanmoins preuve d’une politesse feinte quand venait le temps de donner son avis au vigneron. On l’a tous fait tous un jour, moi y compris, acheter malgré tout, une bouteille du vignoble. Pour encourager le dur labeur du producteur et, avouons-le parce qu’on veut aussi soutenir l’achat de production locale. Il n’en demeure pas moins que pour avoir dégusté quand même certains vins à l’étiquette peu attirante, la satisfaction était rarement au rendez-vous. L’appréciation d’un vin étant totalement subjective, le contenant est-il dès lors le reflet du contenu ? Probablement pas exclusivement, mais j’y ai vu une certaine tendance. Qu’en pensez-vous ? Je vous laisse juges…

domaineSe recentrer pour avancer ?

Comme dans toute région et appellation vinicole dans le monde, tout n’est pas toujours bon. Et à l’exception de Bordeaux, de la Champagne et autres appellations qui ont une clientèle étable qui suit parfois aveuglement tout ce qu’il s’y fait alors que le banal côtoie parfois l’extraordinaire et les valeurs sûres, d’autres régions de production plus « jeunes » gagneraient à faire un « tri ». À l’image du vignoble britanno-colombien où le nombre démesuré de domaines qui cultivent des cépages qui ne devraient pas voir sa place (pour des raisons climatiques ou de savoir-faire), le milieu vinicole québécois devra passer par une réflexion sur son avenir. Donner un petit coup de renouveau à certaines techniques et certaines vignes. Pour mieux avancer… et tout le monde y gagnera en qualité et en popularité. L’industrie est en expansion, mais n’oublions pas que la concurrence d’ici et d’ailleurs est féroce !

Mes coups de cœur

Au gré des dégustations, j’ai noté quelques bons vins bien faits qui valent le détour (à la SAQ ou au domaine). J’en nomme juste quelques-uns. Amis vignerons, ne soyez pas jaloux. J’y reviendrai plus tard au gré d’autres articles.

ranaRana, Vignoble La Grenouille, Cowansville

Le cépage s’appelle « l’Acadie blanc » et il a été développé par l’Université de Guelph pour le climat particulier de la Nouvelle-Écosse. Il a été planté par ce domaine à Cowansville et il en résulte un bon petit vin bien équilibré, frais de goût avec des arômes d’agrumes avec une belle minéralité.

 

rougemontVersant blanc, Coteau Rougemont, Rougemont

À base de frontenac gris et blanc, ce vin fleure bon les arômes d’ananas, de poire et de pêche. Rafraîchissant et donne une jolie plénitude en bouche. (15,50$) À surveiller, ce vignoble relèvera prochainement le défi de produire du pinot noir.

 

Vignoble Chemin de la Rivière, Rouge, Magog

100% frontenac, ce rouge a vraiment riviereune belle matière, loin de certains rouges trop maigres et faibles en bouche. Il est costaud mais pas trop, même avec 14% d’alcool, un taux plutôt rare sur le terroir québécois. Le vigneron garde les raisins le plus tard possible pour obtenir cette concentration de cerises et de petits fruits. (environ 16$ seulement) Une bonne viande de bœuf saura s’y accorder.

 

gaglianoVignoble Gagliano, Frontenac noir, Dunham

Un autre rouge à base de frontenac, produit par la famille Gagliano à Dunham. Bonne concentration de fruits rouges et noirs, des tannins fins, un vin moyennement corsé, bien fait. (25,50$) Comme tous les rouges québécois, à consommer légèrement rafraîchi (16 degrés)

phenixPhenix, Rivière du Chêne, St-Eustache

Je vous avais déjà dit du bien de ce domaine qui produit un blanc, le William W. Laëtitia Huet produit ici un assemblage de maréchal foch, de frontenac, lucie khulman, et de marquette, qui vaut bien un sérieux coup de coude. Fruits noirs, notes épicées et beaucoup de matière sur le palais. Un bon exemple de ce qui se fait bien dans le vignoble québécois. (21,30$)

 

 

Message aux organisateurs de la Fête des vendanges

Enfin, nous avons été plusieurs (visiteurs et vignerons) à constater (déplorer?) l’absence de crachoirs aux tables de dégustation. La quantité versée dans les verres étant malgré tout relativement généreuse, cette option qui permet de mieux apprécier une multiple dégustation serait peut-être à envisager pour la prochaine fois. Sinon, bravo pour cette belle édition ! À la bonne vôtre !

2 comments

  • Je suis très contente que ose faire une sélection de coup de cœur de vins québécois car je suis certaine que ton jugement journalistique et ton expérience des vins de l’ouest te permet de faire une sélection juste. J’en prend bonne note! Et oui, les étiquettes criardes me font fuir! Il est tout à fait juste par ailleurs de souligner, que certains vignerons québécois ne misent que sur le phénomène du « acheter local » pour mousser leur produits mais oublient que la vinification est un art ancestral qu’il faut maîtriser avec beaucoup d’essais et erreur pour en arriver à des bons crus. Je trouve que certains vignobles de notre chère province proposent trop de produit alors qu’ils pourraient se concentrer sur un ou deux qui ont de forts potentiels.