Quand les primeurs de Bordeaux voyagent…

Chaque année, c’est pareil. Les grands pontes de la dégustation de vin, de la chronique vinicole, des sommeliers et de grands acheteurs mondiaux se donnent rendez-vous à Bordeaux pour aller goûter le vin produit avec le « jus de raisin » pressé 6 mois plus tôt. Autant dire, un vin qui ne ressemblera à rien de ce qu’il goûtera quand il sera mis sur le marché 2 ans plus tard. Un « privilège » réservé à ces grands pontes qui se font inviter par les maisons des grands crus… Mais, qu’en est-il des « vrais » clients eux, amateurs de vins de Bordeaux ? Certains ont pu se livrer à cet exercice à Montréal…
Par Frédéric Arnould (lefred@toutsurlevin.ca)


Ces fameuses cotes que l’on voit dans les magasins, guides et autres sont en tout cas données par les grands dégustateurs qui, la plupart du temps, vont goûter les vins en sachant très bien qu’ils goûtent tel grand cru… Donc, s’ils savent qu’ils goûtent un Pétrus, un Mouton-Rothschild ou autres grands crus classés, il y a fort à parier qu’ils donneront un cote d’au moins 97… Sinon, imaginez qu’ils le goûtent à l’aveugle et lui attribuent un 91 et en plus donnent une meilleure cote à un cinquième cru de moindre importance ! Le système s’écroulerait, Bordeaux aussi… Bref, de quoi donc douter de cette grand-messe des primeurs et de l’impartialité des « goûteurs » qui font la pluie et le beau temps du marché. Qui plus est, ils décideront que tel vin sera prêt à boire d’ici 10 à 25 ans… Tout ça à partir d’un échantillon de 6 mois, »reflet le plus juste et le plus représentatif du résultat final », selon leurs dires »… Y croyez-vous, vous ?


Puisque la plupart du « vrai monde » n’ira jamais aux primeurs, pourquoi ne pas faire venir les primeurs à eux ? C’est donc ce qu’a fait la SAQ en réussissant à convaincre 26 propriétaires de châteaux à venir faire déguster leurs « bébés » d’un peu plus de 6 mois à Montréal. Les St-Émilion Grand cru, St-Estèphe, Pauillac, Haut-Médoc étaient entre autres, de la partie. Baptisée « Le grand événement Bordeaux 5 étoiles », cette occasion a permis de rassembler quelques dizaines d’acheteurs de vins, membres de SAQ Signature. Le PDG de la SAQ, Alain Brunet n’était pas peu fier d’avoir réussi ce coup de maître, une première au Canada et probablement en Amérique du Nord. Une opération qui n’était en tout cas pas une sinécure. Les échantillons ont été embouteillés vers la mi juin, ont pris l’avion, sans que la « chaîne de froid » ne soit brisée pendant le voyage. Parce qu’un échantillon de Bordeaux de 6 mois, c’est un peu comme un vin « nature ». Il voyage très mal, est très instable et peut vraiment virer à la piquette nauséabonde, si « maltraité ». Donc, quelques grands châteaux ont fait le voyage : Malartic-Lagravière, Smith Haut-Lafitte, Batailley d’Armailhac, Rauzan-Ségla, Calon-Ségur et consorts étaient là, prêts à séduire les novices aux poches profondes.

Franchement, je m’attendais à un jus de « 2 par 4 ». Pensez donc, un vin embryonnaire que l’on a arraché de sa barrique après seulement quelques mois. Il semble que le millésime 2015 en soit un de « chaise longue » selon les producteurs ! Entendez par là, qu’il est plutôt déjà abouti (une sacrée surprise) mais ne sera à son apogée que d’ici 15 ans. À en juger par les échantillons dégustés, ces « grands crus » sont plutôt fruités, charmeurs, assez concentrés mais pas trop. Les robes de ces vins sont plutôt intenses, les tanins sont déjà soyeux et les bouquets sont « gourmands ». Prometteurs donc, mais qu’en sera-t-il dans 5, 10 ou 15 ans ? De grands dégustateurs ont déjà donné des notes dithyrambiques à des millésimes qui se sont complètement aplatis quelques années plus tard. Alors que d’autres plutôt moyens ont surpris par leur durée sur le long terme. Bref, une « science » loin d’être exacte.

Les clients ont paru satisfait de l’expérience « primeurs » de Montréal. Après tout, ils ont touché de près au « Mystère de Bordeaux ». Ce privilège sera-t-il toujours réservé aux résidents de la métropole ? Alain Brunet, numéro 1 de la SAQ, envisage non seulement de rééditer l’exploit mais aussi de l’étendre à d’autres régions du Québec. À suivre… Quant à certains absents de l’événement tels que les premiers grands crus classés (Lafite, Margaux, Latour, Haut-Brion) qui, franchement, n’ont probablement pas besoin des portefeuilles québécois pour se vendre, Alain Brunet ne désespère pas un jour de les attirer. De quoi faire sortir davantage les primeurs, des sentiers battus bordelais, de se faire une idée sur ces monstres sacrés souvent inabordables et de jouer au « superdégustateur » rempli de pouvoirs…
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Bonjour, tardivement je vient de lire ce article .
Contente ,très contente de savoir que mes questions sur les super dégustateurs vient d’avoir la réponse gras a votre article.
Tout a coup j’ai encore plus confiance en moi quant je doit dire oui j’achète .
Merci pour touts les articles envoyer .
Cordialement
Stéphanie Borca