Le grand Danois et son improbable vignoble

vin de sicile, Le grand Danois et son improbable vignoble

Quand on pense au vignoble sicilien, on imagine ces vignes plantées jusque à environ 900 mètres d’altitude sur la route qui mène à l’Etna ou dans les paysages de Monreale ou encore dans ceux du centre de l’île. Jamais, on n’imaginerait planter de la syrah quelque part entre la ville de Catane et la magnifique Syracuse, et pas très loin d’une autoroute en plus. Pourtant, un Danois du nom de Peter Vinding-Diers a relevé le défi. Portrait d’un original.

Avec sa taille imposante, Peter Vinding-Diers à l’air d’une force tranquille, toujours prêt à affronter vents et marées pour faire ce qu’il a toujours voulu faire : du vin. Celui qui a a quitté son Danemark natal il y a bien longtemps a bifurqué vers la vigne, tout d’abord à Stellenbosch en Afrique du Sud où il a vinifié 5 millésimes au sein de la maison Rustenberg, puis vers le traditionnel terroir de Bordeaux. C’est là qu’il réussit à faire entrer le Château Rahoul dans l’Union des grands crus et transforme le style de Bordeaux blancs en vin frais et fruité notamment au Domaine La Grave. Spécialiste des souches de levures, élu membre de l’Académie de Bordeaux, il roule ainsi sa bosse dans le vignoble bordelais jusque à ce qu’il tombe amoureux de la Sicile.

vin de sicile, Le grand Danois et son improbable vignobleEn 2005, alors que certains de son âge penseraient plutôt à la retraite, il s’installe sur un vignoble du Sud-Est de l’île qu’il baptise Montecarrubo. Situé non loin d’un grand axe routier, ce vignoble se trouve au bord d’un ancien volcan éteint il y a deux millions d’années. La caractère volcanique s’illustre d’ailleurs dans le sol par la présence de calcaire, de poussière volcanique noire et d’argile. Lorsqu’il aboutit sur cette parcelles, il y a fort à faire car une bonne partie de l’endroit était jonché de gros rochers et était assez peu propice à la culture de la vigne. Mais rien pour arrêter le grand Danois, passionné par le vin.

Basta le nero d’avola !

Dans la campagne sicilienne, mis à part la région de l’Etna, où on cultive entre autres le nerello mascalese, on exploite surtout le nero d’avola, un cépage autochtone un peu rustique et très typé. Depuis le début de son entreprise sicilienne, il s’est « battu » avec le nero d’avola. Mais il s’en est tout simplement débarrassé. Il explique dans un français impeccable que « c’est un raisin primitif avec lequel on fait du vin totalement ennuyeux, si c’était en France, il n’existerait même plus du tout aujourd’hui. De toute façon, ajoute-t-il, la syrah est présente depuis plus longtemps que le nero d’avola. Je ne pense pas que la quête du Saint-Graal mènera la Sicile vers ce dernier. » Il décide donc de planter de la syrah de la Vallée du Rhône dans ce paysage rugueux.

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La syrah de Peter Vinding-Diers

Lorsqu’il prend possession des quelques hectares de son vignoble, il ne peut que constater qu’une bonne partie est plantée avec du merlot et du cabernet franc. « Malheureusement, il (l’ancien propriétaire) a planté du merlot et du cabernet franc. Je dis malheureusement, parce qu’après avoir travaillé pendant 25 ans à Bordeaux, ce ne sont pas des cépages qui me manquaient ! » Ainsi, il embouteille certains de ses vins à partir d’un assemblage de syrah, cabernet franc et de merlot pour ses cuvées d’entrée de gamme. Mais, pour ses meilleures, il garde évidemment sa syrah rhodanienne qu’il vinifie pour en garder le côté sauvage et minéral de son coin de pays d’adoption où les citronniers et les oliviers sauvages pullulent dans le voisinage. Ses vins sont parfumés aux herbes, assez racés et le mûrissement en barriques leur procure un caractère sphérique plutôt charmeur. 

Un nouveau défi sans regret

Jusque il y a peu, il cultivait la vigne sur la propriété d’un de ses amis. Mais depuis le décès récent de ce dernier, il a été viré du domaine par l’héritière. Il lui a donc fallu « retomber sur ses pattes » et se lancer dans la construction d’un nouveau chai. Pendant que quelques ouvriers cimentent le mur du nouveau local, il accueille les visiteurs à côté dans la cave où il entrepose ses barriques remplies du millésime 2018. 

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Aux abords du nouveau chai

À côté de vestiges de construction qui remontent à 1879, en présence de sa femme Suzanne, Peter Vinding-Diers, il fait déguster à ses visiteurs directement du tonneau les différents cépages à l’aide d’une seringue dont il verse le contenu dans le verre des « cobayes ». Ce faisant, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas sa langue dans la poche, lançant de temps à autres des piques à l’industrie sicilienne dont il fait partie. « On peut tout faire ici. Y’a pas de CGT ici (un syndicat français), pas de casse-pieds. Mais, il y a la politique et la bureaucratie, c’est infernal. Et puis, il faut éviter les petits esprits en Sicile et cette bureaucratie. Chez moi, la règle, c’est le quant à soi ! »

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À 76 ans, regrette-t-il d’avoir un jour quitté Bordeaux ? Sa réponse est laconique avec un sourire en coin : « Ici, je ne suis pas parmi les bourgeois… »

« Faire du vin, j’adore ça, c’est pas mon métier, c’est ma maîtresse. »

Chez les Vinding-Diers, le vin, c’est aussi une histoire de famille puisque son jeune fils, Hans, 48 ans, l’accompagne dans son aventure sicilienne. Il travaille sur toutes sortes de projets dont une eau de lave parfumée à la lavande… Quant à son aîné, Anders, il cultive avec succès le malbec en Patagonie, au fin fond de l’Argentine. « Il fait de très beaux vins », dit-il non sans fierté.

Et demain alors ? Le grand Danois n’est pas prêt de laisser tomber le sécateur puisqu’il veut vinifier une variété locale de cépage qui existe depuis 6 000 ans. Mais pas de détails, le projet n’a pas encore été dévoilé, il est donc trop tôt pour en parler.

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Peter Vinding-Diers et sa femme Suzanne

Étrangement, les vins de Vinding-Diers ont déjà été référencés au Québec par l’agence Trialto, mais de l’aveu même du vigneron, il n’avait pas été capable de fournir à la demande, car le volume était insuffisant. Avec ses 28 hectares de terres, il pourra peut-être remédier à la situation très prochainement. Avis aux amateurs…

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