Quand le vin s’adapte aux changements climatiques

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En début d’année, à l’initiative de la sommelière Michelle Bouffard, Montréal a été l’hôte d’une nouvelle édition de l’événement intitulé Tasting Climate Change. Ce moment phare regroupait plusieurs acteurs de l’industrie du vin, d’ici et de la scène internationale, venus partager nombreuses réflexions et discuter de divers aspects liés aux changements climatiques ainsi que leurs effets sur le monde viticole.

Par Mélanie Frappier, avocate/sommelière – Club de vins Jessica Harnois

Parmi les premiers sujets traités et qui va bien au-delà du secteur viticole: le concept de décroissance volontaire et collective. L’adhésion à cette approche permettrait de renverser la course à la croissance en vue de mener à une société soutenable et valorisant le vivre ensemble. Selon cette idée, il ne s’agirait donc pas seulement de produire mieux ou différemment, mais de tendre vers une production moindre.

Et, dans le futur, faire preuve d’un meilleur respect des limites selon les ressources. Par cette initiative, il serait souhaitable de constater une mise en commun accrue, un meilleur partage des ressources et ainsi contribuer, par le fait même, à la réduction des égalités. La réflexion est lancée!

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Au cours de cet événement d’envergure internationale, la gestion des vignobles a évidemment été abordée sous différents angles, dont la santé des sols et l’agroforesterie.

Santé des sols

Il devient de plus en plus clair que le succès de la viticulture passe par la santé des sols. Afin d’en faire une bonne gestion, il s’avère donc primordial de bien en comprendre la composition et de reconnaitre l’importance de sa diversité et de sa fertilité. Et il ne faut pas négliger les effets collatéraux d’une bonne gestion du sol, puisqu’elle facilite également la gestion de l’irrigation; un impact qui apparaît fort judicieux lors des épisodes de pénurie d’eau.

Qu’en est-il ? Grâce à la porosité de la terre et avec l’aide des vers qui jouent un rôle de premier plan dans le processus. Par leurs mouvements dans la terre, ils sont en effet responsables de la création d’espaces qui se rempliront ensuite d’eau et d’air. Ce constat met alors en lumière l’importance des sols riches et où la présence de matière organique est valorisée. Cette dernière se positionne en effet comme un élément clé dans la cohésion structurelle, la stabilisation de la porosité, la rétention d’eau et la libération d’éléments fertiles.

Il devient donc contre-intuitif de travailler les vignobles de manière à ce que le sol soit dénudé et appauvri suite à des travaux de labourage et de désherbage, résultat favorisant en outre l’érosion et éliminant certains micro-organismes positifs. Dans la même veine, certains autres comportements devraient être adoptés : par exemple, les déchets et engrais organiques ne devraient pas être brûlés, mais plutôt retournés au champ.
Bref, le sol a besoin de matière organique, d’une couverture verte permanente et ne doit pas être endommagé par le labour et les fertilisants.

Tout ceci menant à une amélioration de la réserve d’eau et procurant une terre pleine de vie. Ainsi, le succès des vignobles verts se basera notamment sur le choix et la diversité des herbes, des légumes et des plantes se retrouvant au sein des vignes. Cette cohabitation permettra par ailleurs aux racines des plantes de courir en surface, alors que celles des vignes iront plus en profondeur. Une autre bonne nouvelle qui réduira la compétition pour l’eau dans les périodes de stress hydrique.

Vignoble

Agroforesterie

Dans la recherche d’atouts pour faire face aux changements climatiques, la forêt se révèle également être un bon partenaire. En effet, elle offre quantité d’avantages : elle assure la régulation du climat, participe à l’apport en eau, procure un habitat pour la biodiversité, contribue à la fertilité, aide à éviter l’érosion, en plus de fournir un contrôle naturel des ravageurs. En outre, des levures indigènes proviennent de la forêt, lesquelles prennent part à l’unicité du terroir et du profil du vin. Par ailleurs, grâce à une variété d’arbres et d’arbustes, l’intégration de la forêt peut s’effectuer de différentes manières : autour des rangs de vignes, entre les rangées et même intégrée dans les rangs. De plus, l’élagage des arbres en vue de favoriser leur système racinaire génère un impact positif sur les vignes dont les racines vont ainsi tendre vers une structure verticale plutôt qu’horizontale.

Innovation variétale des cépages

L’innovation variétale pourrait aussi fournir certaines solutions face aux conditions climatiques extrêmes. D’ailleurs, les conditions extrêmes ne réfèrent pas uniquement à une absence ou un excès. Elles correspondent également à des situations ponctuelles et épisodiques qui s’écartent de la norme. A titre illustratif, certaines saisons peuvent être marquées par une quantité totale de précipitation substantiellement moindre, alors qu’une autre année, la quantité totale se situera dans les bonnes moyennes, mais ponctuée d’épisodes extrêmes d’inondation et suivis de sécheresse. Les vignes seront dans ces deux cas de figure soumises à des conditions extrêmes.

Face à ces situations, l’adaptation aux changements climatiques est inévitable et la mise en place de stratégies d’innovation variétale pourrait être une avenue envisagée. L’incertitude quant à l’évolution du climat devient une évidence tout comme la nécessité de développer des astuces souples en vue d’augmenter la résilience à cette variabilité du climat. Après avoir accepté cette incertitude, il convient de miser sur des stratégies procurant à long terme le moins de regret possible tout en évitant les pièges du progrès, les produits chimiques en étant un malheureux exemple.

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Pour ce faire, une évaluation des variétés existantes est requise ainsi que de leurs vulnérabilités actuelles. Il sera ensuite possible de se pencher sur la création de nouvelles variétés plus adaptées aux conditions futures; le tout, en assurant des fruits de qualité. Du même souffle, la diversité intravariétale devra maintenir l’identité du vin malgré des conditions climatiques incertaines, en plus d’accroître le potentiel d’adaptation et de tolérance des variétés cultivées. Voilà d’ambitieux objectifs ! Pour faciliter leurs atteintes, le succès passera certainement par le partage et la mise en commun au niveau international des résultats obtenus dans différents vignobles expérimentaux. Ces efforts concertés auront alors un impact direct lors de situations climatiques extrêmes.

Toutes ces réflexions et actions positives entreprises comptent lorsqu’il s’agit de faire face à l’incertitude et aux variations climatiques. D’ailleurs, la gestion durable des maladies ne signifie pas qu’il n’y aura pas de maladie du tout. C’est pourquoi il importe de poser chacun de ces petits gestes correctement et d’accepter que le résultat ne sera pas nécessairement parfait. On ne vise donc pas l’absence complet de problèmes. D’où l’importance de tendre vers la tolérance des plants de vignes face au changement climatique.

Et maintenant, dégustons quelques vins élaborés dans des contextes d’agriculture biologique et à travers lesquels s’effectue un petit tour du monde.

Yalumba GEN Organic ShirazYalumba Organic Shiraz, Australie

Depuis 1849, déjà six générations se sont succédées et ont développé leur savoir-faire à partir de la vallée de Barossa en Australie. La gamme des vins Yalumba GEN réaffirme l’engagement de la maison envers la certification biologique avec cette soif de « générer du bien » et de contribuer à forger un avenir meilleur pour les générations futures. La robe violine de ce shiraz capte l’œil. Un parfum évocateur émane où la trame est principalement fruitée, accompagnée de notes épicées, de réglisse, de sous-bois et d’une touche florale. En bouche, les fruits noirs sont encore bien présents et les tannins enveloppés. Ce vin fort juteux et gastronomique s’harmonisera à merveille avec les pièces de bœuf, l’osso buco et les burgers. BIO.(17,85$)

Cantina Tollo Trebbiano d'AbruzzoCantina Tollo Trebbiano d’Abruzzo 2022, Italie

La Cantina Tollo a été fondée en 1960 et ses vignobles installés dans les Abruzzes italiennes regroupent actuellement 2500 hectares. Y sont plantés des cépages typiques et indigènes de la région, dont les vignes sont cultivées traditionnellement sous pergolas. Ce vin élaboré à partir du trebbiano dévoile une robe jaune aux reflets verts et se hume un invitant bouquet où se mêlent des arômes de fruits du verger et de fleurs blanches. Au palais, il est agréable avec une sensation de minéralité s’exprimant aux côtés des fruits à chair blanche. Ce vin rond et équilibré sera un bon compagnon lors de l’apéritif et s’accordera à merveille avec les poissons et fruits de mer. BIO. (18,95$)

Albet i Noya Xarel-Lo El Fanio 2022Albet i Noya Xarel-lo El Fanio 2022, Espagne

Josep Maria Albet i Noya est considéré comme un pionnier du vin biologique espagnol. En effet, son domaine fût le tout premier à être certifié comme tel en Espagne et ce, dès la fin des années 1970. Le vignoble situé dans le Penedès s’étend actuellement sur près de 80 hectares. En matière d’innovation, la maison travaille ardemment à développer la résistance naturelle de cépages indigènes, notamment les xarel-lo, macabeu et parellada. C’est d’ailleurs le xarel-lo qui est la vedette de cette cuvée. Il se pare d’une robe jaune aux accents verdâtres alors qu’un harmonieux parfum se dégage où se révèlent la poire, le melon miel ainsi qu’une touche végétale et de fleur d’oranger. En bouche, il est ample, savoureux et offre une belle longueur. Ce vin aromatique sera parfait avec les tapas, le crabe et les poissons à chair blanche. BIO. (23,25$)

Fontodi Filetta di Lamole Chianti Classico 2020Fontodi Chianti Classico Filetta di Lamole 2020, Italie

La cave Fontodi appartient à la famille Manetti depuis 1968. Le domaine cultivé en agriculture biologique comprend 130 hectares incluant environ 70 plantés de vignes. D’ailleurs, tous les vins de la maison sont produits à partir de raisins provenant de leurs propres vignobles. Plus précisément, ce Chianti Classico a été élaboré à partir de fruits récoltés d’un vignoble situé dans le village de Lamole, à 600 mètres d’altitude. Cette cuvée met en valeur le sangiovese dont la robe est d’une limpide couleur rubis avec des pointes orangées. Montent des arômes de fruits rouges, de cerise noire, un peu de violette ainsi que des notes boisées et de réglisse. A la dégustation, les fruits s’accompagnent d’un boisé bien intégré et de tannins agréablement structurés. Il fera un heureux mariage avec les plats en sauce tomatée, les gnocchis au parmesan ou les viandes braisées. BIO.(38,25$) Santé !

Avocate et sommelière, Mélanie Frappier s’implique dans le développement du Club de vins Jessica Harnois, notamment pour le Club VIP (vins d’importation privée). Elle anime aussi des dégustations de vins basées sur le jeu Vin mystère et rédige des chroniques en collaboration avec Jessica Harnois. De plus, elle cumule une vingtaine d’années d’expérience en cabinets d’avocats et au sein des services juridiques d’une grande entreprise, dont 10 ans en tant que gestionnaire d’équipes et de projets. La sommellerie est sa nouvelle passion.