Une année compliquée pour les vins du Val de Loire

Château de la Loire

Alors que les derniers coups de sécateurs sont donnés pour les vins liquoreux, petit bilan des vendanges 2021 avec des techniciens du Val de Loire, Romain Mayet, Jean-Michel Monnier, Michel Badier et François Dal.

Par Benoit Roumet*

À Nantes

Même si les rendements sont un peu plus hauts que prévus (1 à 2 hl/ha en plus), 2021 sera une année historiquement basse (à comparer à 1991). « Nous étions une des régions les plus touchées par le gel et nous devrions finir entre 15 à 20 hl/ha ».

Côté mildiou, le Nantais a eu la chance de le voir arriver après la phase sensible ce qui fait qu’il n’a touché que les feuilles. Au niveau qualité, « au mois d’août on n’était pas fier mais ça s’est plutôt bien goupillé grâce à la météo de septembre. Quelques journées très chaudes ont dégradé l’acidité, un peu de pluie a détendu les peaux ce qui fait qu’on s’est retrouvé avec une belle maturité phénolique, une maturité homogène avec des degrés suffisants dans les parcelles que ce soit pour le Melon ou pour la Malvoisie ».

A la proclamation du ban des vendanges, personne ne s’est précipité et, l’état sanitaire le permettant, les vignerons ont vendangé plus tard que prévu. Dans les caves, en fin de fermentation, pas de notes végétales mais de la fraîcheur pour du pur Muscadet dans le bon sens du classicisme.

En Anjou et dans le Saumurois

« Les vendanges de moelleux se terminent et on peut utiliser le terme extraordinaire pour des raisins qu’on a réussi à récolter entre 19 et 21 d’alcool potentiels ». L’arrière-saison a été généreuse pour les quelques producteurs qui ont fait le choix de faire des liquoreux malgré la petite récolte. Les liquoreux de la région seront rares mais exceptionnels.

Les rouges sont encore en macération. On va terminer pour les cuvées domaines sur des vins légers, sans grosse concentration mais avec de belles couleurs et des alcools moins élevés que ces dernières années.

Epargnés par le gel, les volumes sur Saumur, Saumur Champigny, Chinon ou encore Bourgueil sont dans une bonne moyenne. C’est surtout l’Anjou qui a payé un cher tribut aux matinées de gel d’avril.

Côté chenins secs, les maturités sont belles, et les premières cuves terminées laissent à imaginer un millésime de retour dans le classique de la région.

En Touraine

« Ce fut une année très compliquée ne laissant aucun répit aux vignerons depuis le 6 avril jusqu’aux vendanges. »

L’impact du gel a été relativement fort avec des disparités très fortes entre parcelles parfois voisines. Les professionnels qui ont des équipements de lutte anti gel ont pu, malgré le gel noir, protéger une partie de la récolte.

Au niveau de la protection du vignoble, en bio comme en conventionnel, la réactivité est devenue un maître-mot dans la gestion des exploitations. Une année comme 2021 montre qu’il faut être présent et réagir dans la journée pour être efficace.

Les vendanges se sont très bien passées avec, en préambule, 40 mm de pluie 8 jours avant le démarrage, pluie qui a permis de détendre les peaux et de liquéfier les pulpes. Le beau temps s’est ensuite invité permettant une récolte sereine sous le soleil.

Les richesses en sucre étaient bonnes dans un profil très ligérien, sans excès. Les vins blancs reviennent dans le classique. Les rouges également, avec toutefois la nécessité d’un travail très pointu du vigneron à la cave, marque d’un millésime compliqué en tout point.

En Centre-Loire

« A la fin des vendanges en Centre-Loire, on sait que les vignerons devraient faire en moyenne une demi-récolte avec des variations très fortes entre les couleurs et les domaines ». Le gel et le mildiou (certains orages ont localement été mortifères avec parfois 120 mm d’eau tombés en 20 minutes) sont les deux marqueurs du millésime même si leur empreinte est très différente suivant les appellations.

La météo et ses prévisions moins précises en 2021 ont souvent compliqué la prise de décision de la date des vendanges qui se seront, malgré tout, très majoritairement déroulées dans de très bonnes conditions.

Les premiers vins blancs goûtés dégagent de jolis arômes et beaucoup de finesse. Pour déterminer le style 2021, il va falloir attendre l’élevage et déguster à la sortie de l’hiver mais on sait déjà, avec des alcools moins élevés, qu’on sera sur un style plus léger que les dernières années qui étaient très solaires.

La production des rouges a été beaucoup plus perturbée. Les faibles récoltes, les différences de maturité des raisins, parfois dans les mêmes parcelles, ont conduit un grand nombre de vignerons à privilégier la production de rosés qui sont déjà prometteurs. Pour les rouges, la science et le talent des vignerons va être primordiale pour ce millésime.

Une année difficile

Au final, les professionnels du Val de Loire sont heureux de sortir de cette année 2021 qui, de mémoire de vignerons, a été l’une des plus éprouvantes jamais connues.

Niveau quantité, on se dirigerait vers une demi récolte mais cette moyenne va cacher de très fortes disparités entre les régions du Val de Loire et parfois même au sein d’un même vignoble.

Les bonnes surprises, car il y en a malgré tout beaucoup, sont à chercher au niveau qualité. Ce 2021, si compliqué à obtenir, devrait donner beaucoup de plaisir aux amateurs. Rendez-vous est donné maintenant début 2022, au Salon des Vins de Loire et à Wine Paris pour confirmer dans les verres les premières impressions d’un millésime qui restera, quoi qu’il en soit, dans les mémoires.

Titulaire du Master of Wine management de l’OIV, Benoit Roumet a rejoint, à sa création, le Bureau Interprofessionnel des Vins du Centre (BIVC) qu’il a construit et dirigé pendant plus de 25 ans. Aujourd’hui consultant vins et sakés (avec Juli son épouse, sommelière japonaise), il anime également un blog (www.sakeloire.com) consacré, entre autres, aux vins de Loire et aux sakés japonais.