À la découverte des vins mexicains

Connaissez-vous les vins du Mexique ? Parfois dans l’ombre des vins du Chili et de l’Argentine, ils offrent pourtant une qualité en constante croissance. Petit tour d’horizon d’une industrie jeune et plus que prometteuse.
Si vous faites un tour dans la région de San Luis Potosi au Mexique, vous croiserez peut-être Agostina Astegiano et son mari Fabricio Hernández sur leur moto. Ce couple de vignerons argentins a élu domicile depuis 7 ans au Mexique et sillonne les vignobles avec leur vrombissant moyen de locomotion. “J’en fais depuis l’âge de 8 ans et quand j’ai rencontré Fabrizio, je lui ai dit, si tu veux entrer dans ma famille, tu dois faire de la moto, explique Agostina en souriant. C’est super pour nous parce que les embouteillages ici c’est de la folie.”
Ils font de la consultation et font du vin pour plusieurs domaines dont le magnifique Viña Cordelia fondé par la famille d’origine catalane de Jordi Abella. Le domaine a vu le jour au milieu du siècle dernier à San Luis Potosí, au Mexique, en préservant une forte tradition d’une famille d’émigrants espagnols, originaires d’une petite et pittoresque ville catalane, Palma D’Ebre. Ainsi, depuis plus de 100 ans et depuis plus de 70 ans sur les terres de Potosí, les vins sont élaborés à la fois avec des procédés artisanaux et des équipements modernes.

Agostina Astegiano
Avec le cépage Rosa del Perú, le domaine produit une mistelle, ce nectar alcoolisé doux obtenu par mélange de moût de raisin frais et d’alcool pour obtenir un assemblage titrant entre 15 et 22 degrés. Consommée habituellement en apéritif, la mistelle est devenue la carte de visite du vignoble.
Mais, Viña Cordelia vinifie aussi des petits bijoux comme un vin orange en amphore, un vin blanc à base de malbec (oui!) ou encore “Arrabat”, un assemblage de cabernet sauvignon, malbec, tempranillo et syrah avec 18 mois en barriques françaises.
L’arrivée de Agostina et Fabrizio pont choisi la région parce qu’elle leur rappelle leur Mendoza chéri avec un sol semi-désertique sablonneux et un climat similaire. “Ils nous ont appelés et nous avons commencé à développer cette région qui, je pense, est l’une des meilleures au Mexique. Les cépages internationaux se taillent la part du lion dans ce domaine. “Je pense que les blancs se portent très bien avec de très bons chardonnays mais aussi avec l’albarino”, souligne Agostina.
Un pays émergent sur le marché du vin
Quatorzième plus grand pays du monde, le Mexique abrite 127,5 millions de personnes et attire chaque année 60 millions de touristes. Son histoire du vin a commencé en 1517 alors que le premier nectar fut consommé. En 1554, quelque 554 70 000 hectares de vignobles étaient ainsi en production. Un pays promis à un bel avenir mais qui a subi les foudres et la jalousie de Felipe II, roi d’Espagne, qui ordonna en 1595 l’arrachage des vignes mexicaines, ennuyé par la concurrence des vins mexicains sur le marché espagnol. La première bodega post-prohibition (San Luis Rey) verra le jour en 1870, bien après la guerre d’indépendance, dans la province de Guanajuato.

Le domaine Pozo de Luna dans l’État de San Luis de Potosi produit des vins de qualité
Aujourd’hui, le Mexique peut se targuer d’avoir 9430 hectares de vignes plantées, répartis dans 17 États producteurs qui abritent plus de 550 bodegas. On y cultive une grande variété de cépages qui vont du chasselas, jusqu’au pinot noir, en passant par du riesling, touriga nacional et fiano. Ce pays latin exporte 15800 hectolitres, principalement aux États-Unis (44%) et au Japon, notamment pour ses vins effervescents. Parmi les régions qui produisent le plus, il faut noter évidemment la Baja California avec ses 4265 hectares et ses plus de 260 domaines ainsi que la Valle de Guadalupe (2779 ha) et son climat méditerranéen. Parmi les régions à surveiller qui sont en pleine expansion, notons le Coahuila, Chihuahua, Guanajuato et San Luis Potosi, au nord-ouest de Mexico.
C’est précisément à San Luis Potosi qu’a eu lieu en novembre dernier le prestigieux Mexico Selection, un concours dérivé du Concours Mondial de Bruxelles, et qui a permis de découvrir les meilleurs vins et spiritueux du pays et les immenses progrès qualitatifs de la jeune industrie en plein essor. “Ce que nous devons faire en tant que région, c’est travailler sur une marque commune pour que San Luis soit positionné en premier, puis les gens comprendront que les vins du San Luis sont bons, et ensuite chacun travaillera avec sa propre marque”, estime Alejandro Espinosa, fondateur de la San Luis Potosi Wine School et du festival des vins de l’État.
« Je pense que nous avons un climat idéal, avec beaucoup de soleil, ce qui fait que les raisins mûrissent très bien, avec une très bonne teneur en sucre, et que certains cépages comme le chardonnay, le pinot noir, le Malbec et la Syrah poussent extraordinairement bien, ce sont également des cépages qui aiment le climat de San Luis Potosí. »
- Alejandro Espinosa, fondateur du festival des vins de San Luis Potosi

Le concours vinicole Mexico Selection avec son directeur Carlos Borboa et Baudouin Havaux, président du Concours Mondial de Bruxelles
Ce n’est peut-être pas tout de suite cependant que les vins de cette région mexicaine se retrouveront sur nos tables canadiennes, car la production demeure encore petite pour le marché à l’exportation. “Ce serait intéressant d’envoyer nos vins aux États-Unis ou au Canada, il existe d’ailleurs des domaines comme Pozo de Luna, qui exportent vers les États-Unis, en particulier des vins blancs, mais le problème, c’est que je pense toujours que notre production n’est pas suffisante pour exporter et puis la production de vin au Mexique est encore très coûteuse.”
Trop de taxes et trop d’obstacles gouvernementaux
Car, ce qui empêche l’industrie de tourner à plein régime et de fournir davantage de bouteilles sur le marché international, c’est le manque d’aide du gouvernement mexicain, déplore Alejandro Espinosa. “Faire du vin coûte déjà cher parce qu’il n’y a pas de subventions et si je suis en concurrence avec l’Argentine et le Chili, où il y a une aide gouvernementale, parce que le vin est considéré comme un produit agroalimentaire, alors je suis déjà en mauvaise posture.”

Alejandro Espinosa, fondateur du Festival des vins de San Luis Potosi
En d’autres termes, il estime qu’il en coûte 4 dollars pour faire venir un vin de très bonne qualité d’Argentine au Mexique, alors qu’il lui en coûte 3 à 4 dollars pour produire un vin de bonne qualité en sol mexicain. “Si j’y ajoute les taxes, je me retrouve avec une bouteille beaucoup plus chère face à la concurrence argentine ou espagnole, explique le fondateur du festival de vins de San Luis. Pour le même prix, vous allez probablement acheter un vin d’ailleurs, et ce n’est pas parce que nous n’avons pas de qualité, mais parce que les coûts sont moins élevés pour la concurrence argentine ou espagnole.” Là aussi, le défi de volume de production vient désavantager le Mexique. “L’Espagne compte 1 200 000 hectares de vignes, dont 400 000 hectares pour la seule Castille-La Manche, soit autant que l’Argentine, calcule Espinosa. Au Mexique, il n’y en a pas plus de 15 000, en termes de volume, nous avons donc également un problème.”

Le joli centre-ville de San Luis Potosi
Mais, un point positif demeure : les régions telles que San Luis Potosi vont se concentrer davantage sur les vins de qualité parce qu’en volume, elles ne peuvent pas rivaliser avec la concurrence pour l’instant.
Antonio Laveaga, sommelier accrédité et journaliste vinicole à Guadalajara, constate en tout cas la fierté mexicaine à propos des vins locaux. “Le Mexique est très enthousiaste à l’égard de notre vin, alors qu’il y a 20 ans, personne ne connaissait le vin mexicain, se souvient le dégustateur. Ensuite, les vins mexicains ont commencé à connaître un véritable essor et ont commencé à être connus.” Mais comme les Mexicains sont têtus et fiers, dit-il, ils achètent les vins d’ici même s’ils sont chers et ils achètent encore et encore. “Sauf qu’ils n’ouvrent pas leur esprit à d’autres vins, disons des États-Unis, de la France, de l’Italie ou d’ailleurs, et le fait est que le producteur produit le vin et le vend cher parce qu’il sait qu’il va le vendre.”

Antonio Laveaga, journaliste et sommelier accrédité
Antonio Laveaga croit fermement que le meilleur est à venir pour l’industrie. “Il faudra d’abord obtenir de l’argent pour augmenter la présence de la technologie et engager des consultants, de bons consultants du monde entier pour développer davantage le marché local, sans oublier de modifier la fiscalité sur les vins mexicains.” Sur ce dernier point, Alejandro Espinosa n’est pas très optimiste. “Je vois les choses très compliquées avec un gouvernement de gauche qui ne s’intéresse pas du tout à l’agriculture et encore moins au vin.” Il ajoute que « le jour où le gouvernement supprimera les taxes et considérera le vin comme un produit agroalimentaire, le marché pourra se développer”.
Des producteurs différents avec un même objectif : la qualité
Parmi les plus grands joueurs de la région qui ont le vent dans les voiles, la Cava Quintanilla est située dans la municipalité de Moctezuma à une altitude de 1 630 mètres au-dessus du niveau de la mer, avec une température moyenne pendant la période de floraison et jusqu’à la récolte qui varie entre 28 °C et 36 °C alors que la nuit, il y a une chute brutale de la température qui peut atteindre 12 °C. Une telle variation de température, associée à un climat sec et à un rayonnement lumineux élevé, permet le développement de vins plus complexes. Cava Quintanilla dispose actuellement d’une capacité de stockage et de fermentation de 470 000 litres et prévoit prochainement une capacité de 600 000 litres.

Les vins de Vina Cordelia
La Viña Cordelia qui produit un peu plus de 30 mille bouteilles avec un potentiel de 20 mille de plus garde aussi le cap sur la qualité et sur certains produits plus nichés comme le vin en amphore et autres produits très tendances. Le but le plus important pour Agostina Astegiano: la constance de la qualité dans les vins. “Je pense que la meilleure façon d’être compétitif, c’est d’être cohérent et constant, ensuite, nous pourrons créer des styles différents et essayer d’autres choses.”
Elle estime que les progrès majeurs de la viticulture mexicaine font partie de cette évolution. « Au début, tout le monde faisait du vin parce que leur grand-père leur avait dit comment faire ou parce qu’ils étaient allés une fois en France et qu’ils avaient entendu parler de la façon de faire.” Elle croit que le chemin tracé maintenant permettra à l’industrie vinicole mexicaine de faire des bonds de géants. “Au cours des trois ou quatre dernières années, de plus en plus de viticulteurs étrangers du Chili, de l’Argentine et de l’Espagne, sont venus s’installer dans le pays, a remarqué Agostina. “Alors maintenant, commençons à réfléchir et à étudier le sol, et essayons de trouver ce qui est le mieux dans chaque endroit.” La cohérence et la constance, répète-t-elle, sont la clé pour le succès d’un marché en pleine croissance et dont la qualité peut satisfaire dès maintenant les palais internationaux les plus exigeants.
Pour découvrir les meilleurs vins et spiritueux mexicains, les résultats du concours Mexico Selection sont disponibles ici.
L.A. Cetto Petite Sirah Valle de Guadalupe
Signe que les vins mexicains doivent encore se frayer un chemin en terre québécoise, il n’y en a qu’un seul actuellement en stock à la SAQ, celui du « géant » L.A. Cetto, le plus grand établissement vinicole du Mexique, fondé en 1975. Leur petite sirah (ou durif, un croisement entre la syrah et le péloursin) est ceci dit, un excellent rapport qualité-prix à moins de 15 $. Un vin est robuste, opaque et riche avec des arômes de cassis, de prune noire, de viande fumée et de cèdre épicé qui vibrent en bouche. Parfait pour accompagner un bon hamburguer ou une viande grillée. (14,25$) Salud !
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