Quand une ville nommée grande capitale du vin s’étend à un pays tout entier

Lausanne capitale du vin

En 2018, à Vérone (Italie), la ville de Lausanne a été reçue parmi les «grandes capitales du vin» du monde (greatwinescapitals.com). Ce réseau est axé sur l’œnotourisme, avec des exigences dictées par ses fondateurs, des Bordelais. Et notamment celle d’une seule ville par pays…

Par Pierre Thomas 

Trois ans plus tard, la «belle paysanne qui a fait ses humanités», selon le chansonnier Gilles, met son accès au réseau planétaire à disposition de toute la Suisse !

L’accord a été signé dans la «salle des mariages» (si, si !) de l’Hôtel-de-ville de la «capitale olympique» (où le CIO a donc son siège…), début décembre. Et cette union n’a pas été forcément du goût des fondateurs du réseau GWC, pour qui la France, c’est Bordeaux ; l’Italie, Vérone (après Florence, qui s’est retirée…); le Portugal, Porto; les États-Unis, San Francisco ; l’Australie, Adélaïde et donc, à l’inverse de ces binômes, «Lausanne, la Suisse»…

Lausanne capitale mondiale du vin, Quand une ville nommée grande capitale du vin s’étend à un pays tout entier

Bien sûr, il faut relativiser l’ampleur de ce séisme : le vignoble suisse, grand comme Saint-Emilion ou l’Alsace, ne représente que 0,2 % de la surface viticole mondiale et ne sont exportés qu’à raison d’un seul petit pour-cent de la production.

 

Les Suisses boivent tout en Suisse. Et entre touristes, puisque, s’ils ingurgitent un peu moins de 100 millions de litres par an de vins indigènes, pour couvrir la consommation, il faut importer plus de 150 autres millions de litres, principalement d’Italie, de France et d’Espagne.

À l’occasion de la signature de l’accord avec la Ville de Lausanne, le président de Swiss Wine Promotion, le politicien émérite genevois Robert Cramer a souligné qu’il a bien l’intention, ces trois prochaines années, de faire doubler l’exportation des vins suisses. La diversité des cépages, leur originalité, malgré le prix des vins, réputés chers, surtout en regard de leur faible notoriété, devraient être mis en avant. La Suisse ne participera pas à Wine Paris, à mi-février prochain, mais à Prowein, à Dusseldorf (Allemagne), à fin mars. Le directeur de SWP, Nicolas Joss, confirme que dix marchés principaux ont été désignés, dont l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Angleterre, les États-Unis, le Japon et la Chine.

Clos des Moines - Suisse

Peu connus à l’extérieur, peu exportés, «parce que les Suisses ont raison de les garder pour eux, tant ils sont bons», avait dit en substance le critique britannique Hugh Johnson, il y a une dizaine d’années, les crus helvètes sont, en revanche, accessibles sur place.

La Ville de Lausanne possède elle-même 32 hectares de vignes répartis de part et d’autre de la cité, au bord du lac Léman, à l’ouest, en direction de Genève (Abbaye de Mont-sur-Rolle, Château Rochefort), et à l’est, au cœur de Lavaux, région inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco, depuis 15 ans, dans le Dézaley (Clos des Abbayes, Clos des Moines) et à Saint-Saphorin (Domaine du Burignon, dont le bâtiment est désormais en passe d’être entièrement dédié à l’hébergement œnotouristique).

Elle est le plus gros propriétaire public de vignes de Suisse. Depuis 1803, ses vins étaient vendus exclusivement aux enchères publiques, en tonneaux et en primeur, au début décembre. Depuis quelques années, la Ville a décidé de s’équiper d’une chaîne de mise en bouteilles et vend les lots mis aux enchères en bouteilles aux étiquettes historiques originales, pour éviter les contrefaçons ou les coupages intempestifs.

Cette année, à l’occasion de la 219ème vente aux enchères, seuls 15% du volume, principalement du vin blanc tiré du chasselas, appelé jadis «lausannois» en Bourgogne, a été vendu par ce biais, le reste passant par une offre directe sur un site Internet tout neuf (www.vinsdelausanne.ch), et des négociants.

Clos des Abbayes - Suisse

Genève, Zurich, Sion ou Lugano auraient pu prétendre au titre de «ville suisse du vin»… Et l’aura du réseau GWC a déjà rejailli cette année sur le vignoble suisse, puisque deux initiatives ont obtenu un «people’s choice award», Diego Mathier, à Salquenen (Valais), le vigneron le plus acclamé dans des concours nationaux depuis 15 ans, pour son hôtel dans les vignes, et «Léman dégustation», pour ses animations autour des vins en bateau sur le Rhône, à partir de Genève. La Ville de Lausanne n’a pas l’intention d’abandonner son rôle de chef de file et a inscrit dans son programme de législature un projet de «Maison des vins suisses», à aménager dans un des bâtiments dont la commune est propriétaire. Et le chef-lieu du canton de Vaud devrait recevoir le congrès annuel du réseau GWC en 2023, après Mendoza, fin 2022, capitale (indiscutable) des vins d’Argentine.

                                                                                                                Pierre Thomas est journaliste, de Lausanne, auteur de «111 vins suisses à ne pas manquer» (éditions emons :, Cologne (Allemagne), 2021), fondateur de www.thomasvino.ch. Après une carrière généraliste (correspondant parlementaire à Berne, chef d’édition, rédacteur en chef), il s’est spécialisé dans les vins. Dégustateur dans de nombreux concours nationaux et internationaux, notamment pour plus de vingt éditions du Concours mondial de Bruxelles, il écrit des reportages, des chroniques et des livres. 

111 vins suisses à ne pas manquer