Un ovni, le vin orange ?

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Un ovni dans le paysage viticole, le vin orange ? Pas vraiment non, puisque voilà bien deux ou trois ans, aisément, qu’on en parle ici et là et qu’on en propose, dans bien des bars et restos branchés.

par Marc Chapleau

Inutile de revenir ici sur l’historique de la chose et les tenants et aboutissants de sa vinification ; d’autres l’ont très bien fait avant moi, et notamment mon collègue Frédéric Arnould, que vous pourrez lire ici.

Je vous dis quand même tout de suite que le vin orange est en réalité un vin blanc. Tandis que ce dernier, tout le monde le sait, est dans les faits un vin de couleur jaune…

Trêve de nuancier, entrons dans le vif du sujet.

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Ce qui tombe bien, pour vous s’entend, parce que l’auteur de ces lignes vient de goûter plus de 30 vins orange dans le cadre du Jugement de Montréal, une dégustation comparative organisée en prévision du Salon des vins d’importation privée, qui se déroulera à la fin octobre.

Bref, je suis votre homme.  J’ai été vos yeux et vos oreilles ce jour-là, et j’ai pu me faire une tête, comme on dit, sur cet objet viticole peu identifié.

Ça goûte quoi ?

Un vin orange, c’est en règle générale un vin blanc foncé presque doré, souvent assez corsé, avec du gras, peu de fruit, une certaine astringence (présence de tannins), un peu d’oxydation et aussi de l’amertume.

De plus, ce type de vin, par ailleurs souvent « nature », est dans l’ensemble assez unidimensionnel, sans grande complexité. 

Ajoutez à cela que les cépages, appellations et terroirs derrière sont souvent gommés ; difficile de deviner ce qu’on goûte à l’aveugle, on perd vite ses repères.

Pourquoi alors les « orange » sont-ils si populaires chez certains bien-pensants ? S’agirait-il seulement d’une tendance, d’une passade, d’un truc marketing ? L’avenir le dira. 

À mes yeux chose certaine, ils ont du bon ne serait-ce que parce qu’ils apportent de la nouveauté, ils décloisonnent l’offre. Quant à comprendre l’engouement, le culte que lui vouent ses adeptes, la vigneronne française Sylvie Augereau, interrogée lors du passage de l’émission Des racines et des ailes (TV5) dans la Loire, y est allée d’une brève mais éloquente confidence.

vin orange, Un ovni, le vin orange ?Tout sauf le prévisible

« Ce que j’aime dans le vin, disait-elle alors qu’elle travaillait sous l’œil de la caméra son vin orange fermenté en amphore, c’est la surprise. »

Alors qu’avec les bordeaux, les bourgognes même, les riojas, les californiens, et cetera, bref tous les autres vins sur le marché, on sait en gros à l’avance de quoi ils auront l’air, ce qu’ils vont sentir, ce qu’ils vont goûter.

D’où le frisson que peuvent procurer les vins orange et/ou nature. 

Comme dès le départ les codes dans leur cas ont été brisés, c’est souvent une véritable boîte à surprise, dieu seul sait – et encore ! – ce qu’on trouvera dans chaque bouteille précise. Autant de carburant et de sensations fortes pour les partisans du genre, nouveaux amateurs, jeunes sommeliers branchés ou vieux routiers blasés. À telle enseigne, du reste, que même les vins déviants, altérés, bouchonnés ou hyper réduits, par exemple, peuvent trouver grâce à leurs yeux.

On trouve du vin orange à la SAQ, une dizaine de produits. 

Essentiellement, des vins pour l’instant « mainstream », pour paraphraser un acheteur du monopole présent à la dégustation du Jugement de Montréal. De vins orange « soft », pour ainsi dire, plus grand public, pas trop déroutants. Mais je m’avance, ici, car je n’ai goûté aucun de ces produits dernièrement.

En fait non, j’allais oublier.

J’avais ouvert voilà un mois environ un blanc allemand, le Selbach Oster Riesling Trocken «OMG» 2015.

Sans savoir que c’était un vin orange.

Juste à voir la couleur, jaune foncé tirant sur l’orange, je m’étais dit ça y est, ce riesling a eu chaud, il est oxydé. Au nez, rien qui rappelle le cépage, la noisette surtout, des arômes plutôt lourds de bon vieux vin blanc. Reject, autrement dit. 

Je me gourais, évidemment. Comme quoi il faut vraiment être un amateur averti pour aimer ce type de vin.

À boire, aubergiste !

Mes bons achats de la semaine s’éloignent du vin orange et vont, comme d’habitude, un peu dans toutes les directions. Par contre si d’aventure un ou deux nouveaux vins rouquins croisent ma route et font bonne impression, je vous en parlerai.

En attendant… fermez les yeux, car j’ai bien peur que je vais discrètement ajouter un score étoilé à la fin de chacune des descriptions ci-dessous. Libre à vous, si cela choque, de vous contenter de lire le commentaire, et alors les désaccords seront bien gardés 😉                                                                

Torrae del Sale, Chianti Riserva, 2015, Toscane, Italie 

À petit prix, un chianti de très bonne facture, à la fois typé sangiovese (et donc légèrement astringent) et plutôt charnu, avec du gras et du charme. Finale sur la fraîcheur. (16,95 $ – ***)

Benjamin Brunel, Rasteau, 2017, Vallée du Rhône, France  

Il y avait longtemps que j’avais goûté le Benjamin Brunel, et les retrouvailles sont sous le signe de la joie ! Un côtes-du-Rhône rouge généreux et charpenté, par ailleurs plutôt élégant, très bien élevé (sans apport boisé), épicé et d’une bonne persistance. À ce prix, on n’hésite pas. (19,95 $ – *** 1/2)

Mountain Blanco, Telmo Rodriguez, 2015, DO Malaga, Espagne 

Le beurre d’arachides, un peu, d’emblée. Pas déplaisant, ce blanc espagnol en d.o. Malaga, d’autant que se greffent rapidement des notes florales et épicées. Convaincant en bouche, du gras (résiduel) et aussi de l’acidité, du tonus. (25 $ – ***)

Visan, Grande Réserve, Côtes-du-Rhône Villages, 2017, France

Élégant rouge du Rhône sud, peu corsé, serré tout de même et bien soutenu par son acidité ainsi que ses tannins. Franchement, à ce prix, c’est bluffant. (15,80 $ – *** 1/2) 

Chablis 1er cru, Grande Cuvée, La Chablisienne, 2017, Bourgogne, France

Impeccable, et même plus que cela encore. Un chablis exemplaire, assemblage de divers premiers crus, gracieuseté de l’une des sinon la meilleure cave coopérative de France. Pierre à fusil au premier nez, une touche d’agrume, une texture suave, moelleuse, avec une structure acide bien présente, qui encadre le tout. Finale un poil anisée, sur la fraîcheur. Un excellent rapport qualité-prix ! (31,25 $ – ****)

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